Un jour à la fois
Nouvelles d'une famille pas complètement comme les autres. Etre différents n'empêche pas d'avoir un regard sur tout.
« August 2008 »
| Mon | Tue | Wed | Thu | Fri | Sat | Sun | | | 1 | 2 | 3 |
| 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 |
| 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 |
| 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 |
| 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | 31 |
Infos
Articles récents
Liens
|
Le père se mêle
De quoi, de quoi, on se le demanderait bien. Quand tout à coup, tout à trac, il se met à bien vouloir me parler, et en plus de l'éducation de ses enfants, il me faut toujours quelques secondes de remise en selle, de réalisation du décalage monumental, pour me ressaisir.
Pendant des semaines, que dis-je des semaines, parfois des mois, on n'entendra pas parler de lui, ...
... pour lire la suite... ici
|
Posté: 15h12, 19/11/2006 dans Tronches de vie |
Commentaires (0) | |
|
De nouvelles primaires
Sitôt achevées celles du parti socialiste en France, de nouvelles primaires vont faire rage aux Etats-Unis ; le candidat m'a confié le discours qu'il doit tenir devant ses pairs de CM1 ; je vous le livre en avant-première ;
I would be a good student council representative because I feel that I can help others and take ideas from others. I am willing to do all my commitments that I have to do. I am running only because I want to help others in the school but I have the feeling that I can do more than that and come up with ideas for the school. I am a person that people will look up to when they need help. If you feel that I should be one of the student council representatives, vote for Mr. Zebu! Thank you! Vous n'êtes pas anglophone ? Qu'à cela ne tienne, je traduis (mais vous y perdez au change...) :
Je serais un bon représentant au conseil des élèves car j'ai le sentiment que je peux aider autrui, et recueillir des idées auprès d'autrui. J'ai l'intention de tenir les engagements auxquels je suis tenu (sic) . Je me présente uniquement parce que je voudrais aider les autres à l'école mais je pense que je peux faire plus que cela encore et avoir de nouvelles idées originales pour l'école. Je suis une personne vers qui on se tournera quand on aura besoin d'aide. Si vous estimez que je dois faire partie des représentants des élèves, votez pour M. Zebu ! Merci !. Allez Monsieur Zebu ! zyva ! Les sondages ne le donnent pour l'instant pas en tête. Elections mercredi prochain.
Edit du 17 : La suite a été publiée ici.
|
Posté: 12h34, 16/11/2006 dans Tronches de vie |
Commentaires (0) | |
|
Les fils d'Abraham
Vendredi soir à la synagogue, un office un peu spécial, à l'occasion de la parasha* Vayera**. Outre la bat-mitzvah qui était à l'honneur, et le dîner des sixièmes qui rassemblait pas mal de familles qui viennent très rarement, nous avions comme invitées particulières un groupe de cinq femmes musulmanes.
En entrée, notre choeur avons chanté cette chanson hors de la liturgie habituelle. Notre invitée d'honneur nous a fait une présentation sur la vision de l'histoire de Sarah et d'Hagar dans l'Islam. C'était intéressant, il y avait des choses que je connaissais déjà, et d'autres que j'ai apprises, notamment que le lieu du Hajj à la Mecque est l'endroit où le puits qui a sauvé Ishmael et Hagar de la mort de soif a surgi, ainsi que l'histoire de Hagar courant d'une colline à l'autre.
Après l'office, les jeunes femmes voilées étaient plus détendues que lorsque je les avais vues dans la salle du jardin, tandis qu'elles étaient attablées et servies, sans doute un peu abasourdies du joyeux désordre de nos enfants se gavant de pizza. Peut-être étaient-elles inquiètes aussi de l'accueil qui leur serait réservé, ou bien de l'impossibilité à suivre nos liturgies (impossibilité largement levée par le fait que le livre de prières est également translittéré et traduit, et par conséquent facile à suivre). Peut-être aussi leur soulagement est venu du fait que notre liturgie et nos chants ne sont pas partisans ni prosélytes, et qu'il leur a été facile de participer à la louange commune comme l'une d'entre elles me l'a confié ensuite.
Elles ont offert à la synagogue un très joli tapis de prière. J'ai expliqué à mon fils que la prière musulmane se fait sur le sol, et qu'il n'y a pas comme dans nos synagogues de chaises. Cette initiative entrait dans le cadre de "Unity Made Visible", un mouvement local qui rassemble Chrétiens, Juifs et Musulmans pour une meilleure compréhension et connaissance de nos fois respectives.
*la parasha est la section de la Torah qui est lue chaque semaine - la Torah est divisée en 54 sections qui constituent le cycle de lecture des cinq livres de Moïse.
**Vayera : Genèse ch. 18 à 22. Le passage qui concerne Sarah et Hagar se trouve au chapitre 21. La naissance d'Ishmael, fils de Abraham et de Hagar est relatée dans la parasha Lekh-Lekha, c'est à dire en Genèse 16.
|
Posté: 11h02, 11/11/2006 dans Tronches de vie |
Commentaires (3) | |
|
Distractibilité
Aujourd'hui, nouvelle édition de la "Journée des Différences", nous alternons chaque année dans deux des quatre écoles élémentaires de notre district. C'est une journée intense, passée de neuf heures à quinze heures dans le gymnase sous les néons, et dans un brouhaha ambiant de salle de sport qui résonne, à faire un marathon de présentations répétées toutes les huit minutes à des enfants d'une dizaine années d'une part et sept ans d'autre part. Tout est bien huilé, mais demande beaucoup de concentration et de constance.
Je rentre fatiguée bien sûr, mais heureuse parce que tout se passe bien, que nous sommes archi-fières du succès de notre programme, que chaque année nous recevons des compliments, et un retour enthousiaste de toutes les parties impliquées dans le programme. Et demain, je recommence dans la seconde école, située à l'autre bout du district. Aujourd'hui la chaîne câblée est venue filmer, demain nous serons plus fatiguées, et il faudra pourtant re-former les nouveaux venus, ceux du lycée, et les parents volontaires, heureusement qu'on ne fait ça que deux jours par an.
Je n'ai pas envie de m'atteler aux courses poursuites avec les enfants. Je lance le dîner dès que possible, et tant pis s'ils ne viennent pas manger en même temps que moi. Il y a quelques devoirs pour Monsieur Zebu, j'offre une récompense s'ils sont terminés avant telle heure, et en prime un bonus si le projet de brochure qui doit être rendue le 20 est commencé (je sais que si je n'y prends pas garde, on se retrouvera facilement le 18 sans que rien n'ait été commencé). L'appât du gain (ou du jeu ?) fait son effet, les devoirs sont torchés en un rien de temps, et le voilà qui m'explique doctement son plan pour la brochure. Je peux partir rassurée que tout va sur des roulettes, et me dire que je vais me détendre un brin sur mon ordinateur à lire les blogues et, qui sait, pondre mon billet du jour.
L'heure du délai imparti arrive. C'est Monsieur Zebu qui vient lui-même me réclamer sa récompense (deux quarters). Je lui fais confiance, je sais que les devoirs sont terminés, et je l'ai vu commencer à travailler sur sa brochure, le contrat c'était qu'il s'y attelle, je ne vais pas chipoter parce qu'il n'a pas beaucoup progressé. Or, c'est lui qui semble penaud sur ce coup, et qui m'annonce geignard : "Je ne sais pas pourquoi, j'ai été distrait !" attirant invariablement mon attention sur le travail piteux produit en la matière, un vague dessin qui ne nous mènera guère loin, à moins que je n'investisse de grosses sommes en incitateurs financiers pour la cause !
Comment le blâmer ? Pendant la même période qu'il était "distrait", force m'est d'avouer que j'ai navigué entre un questionnaire amusant auquel a répondu Heure-Bleue, un site prometteur recommandé par A l'Ouest et une discussion à laquelle je n'ai pas compris grand-chose (je ne mets pas le lien exprès) entre des militants et des lecteurs qui s'affrontent sur des questions on ne peut plus ésotériques pour moi, mais que je m'acharnai à lire malgré tout, avec l'espoir (?) que j'allais finir par sinon m'intéresser du moins apprendre quelque chose.
La nuit est tombée, il est temps de se préparer à la journée de demain.
|
Posté: 14h58, 2/11/2006 dans Tronches de vie |
Commentaires (4) | |
|
L'anniversaire de Monsieur Ziti
On l'oublierait facilement. Il n'en parle pas, il ne réclame pas de cadeaux, il ne compte pas les jours qui l'en séparent dans un sens ou dans l'autre, il ne se remémore pas les souvenirs qui l'ont marqué, il ne compare pas les gâteaux traditionnels année par année, il répond invariablement qu'il a huit ans quand on lui demande son âge, depuis qu'il a compris une fois que c'était la réponse à la question posée, mais pas encore compris que cela correspondant à une période donnée et qu'il fallait mettre à jour.
D'ailleurs, ça tombe bien, il a raison, il n'est guère plus grand qu'un enfant de huit ans, et je devrais certainement laisser sa réponse être la réponse officielle, il sait mieux que moi ce qui est bon pour lui, comme il sait mieux que tout le monde qu'une vieille carte postale toute écornée de la Tour Eiffel vaut tous les cadeaux de la terre, qu'il n'a pas besoin de nouveaux jouets, quand il est si bon de jouer et encore et toujours avec le même logiciel de ses deux ans, redécouvert à l'occasion, ou bien de continuer à faire des découvertes au détour de nouvelles capacités acquises subrepticement.
Monsieur Ziti a la joie brute qui se renouvelle tous les jours de l'année, il résiste autant que faire se peut au passage des ans qui le pousse vers l'autonomie barbante et les responsabilités lourdes et ennuyeuses. Il n'a pas cette hâte d'avoir l'âge où il pourra disposer de lui-même autrement qu'à l'heure actuelle, quand il se fâche violemment si on le forçait d'aventure à quitter son ordinateur sans qu'il soit correctement éteint, même pour aller faire pipi et a fortiori pour rejoindre le bus si c'est l'heure de partir. Il n'a pas d'exigences autres que celles qu'il clame tant bien que mal et s'efforce du mieux qu'il peut de communiquer aux autres obtus qui décidément ne comprennent rien aux charmes qu'il savoure d'un son, d'une lumière, d'un grincement, ou d'une manipulation incessante d'un objet à la texture râpeuse.
Monsieur Ziti a onze ans, onze années de mystère derrière son regard acéré, ses grands yeux noirs pétillants, onze années de joie bruyante qu'il partagerait volontiers si on n'était pas si coincés dans nos perceptions utilitaires et productives, onze années d'apprentissage laborieux de la civilisation, pour qu'il apprenne qu'il y a des méchants, des pervers, des cruels, des dangers, des interdits et des obligations. Onze années de travail patient et acharné pour que quand même sa part d'innocence et bonheur soit préservée au mieux.
|
Posté: 13h44, 25/10/2006 dans Tronches de vie |
Commentaires (9) | |
|
Guess who I am
* I am a special person. Who is nice, friendly, careful, and impressive. Who loves to imagine, ride my bike, and look at cars. Who feels brave, strong, and courageable. Who needs an allowance, my own room, and a new chain for my bike. Who gives things I don't need, friendship, and ideas. Who fears Old Man Jenkins, very high heights, and a nightmare I had. Who loves to eat pizza, mozzeralla sticks, and ice cream. Who would like to be a car designer, have my own T.V. shows, and become famous. Who enjoys doing car designing, playing pretend, and playing with his friends. *
* Traduction : Je suis quelqu'un de particulier. Quelqu'un de gentil, amical, attentionné et marquant. Quelqu'un qui aime à imaginer, faire du vélo et regarder les voitures. Quelqu'un qui se sent courageux, fort et capable de bravoure. Quelqu'un qui aimerait avoir de l'argent de poche, sa propre chambre et une nouvelle chaîne de vélo. Quelqu'un qui donne ce dont il n'a plus besoin, qui donne son amitié et ses idées. Quelqu'un qui a peur du Vieux Jenkins, des très grandes hauteurs et d'un cauchemar qu'il a fait. Quelqu'un qui aime manger de la pizza, des batonnets de mozzarella et de la crème glacée. Quelqu'un qui aimerait être un concepteur d'automobiles, avoir son propre show télévisé et devenir célèbre. Quelqu'un qui aime concevoir des automobiles, jouer à faire semblant et jouer avec ses amis.
Qui suis-je ?
Signé : Monsieur Zebu, of course !
|
Posté: 13h18, 24/10/2006 dans Tronches de vie |
Commentaires (5) | |
|
La fête de la Torah
 Après les Cabanes de la fête de Souccot, arrive la fête de Sim'hat Torah, littéralement "la réjouissance de la Torah". Là où j'habite, les gens ne sont pas très pratiquants, pratiquement pas religieux et la fréquentation de la syna tient plus de l'obligation sociale - tout comme pour les autres congrégations religieuses représentatives de notre ville, dans les autres confessions d'ailleurs. J'ai tendance à trouver ça dommage, mais après tout ça ne me regarde pas, je ne dis pas ça pour juger, simplement pour regretter.
Parce que souvent, le résultat c'est que certains loupent d'excellentes occasions de passer de vraiment bons moments, selon moi.
Comme hier soir, où ne sont venues que très peu de familles, mais fort heureusement suffisamment pour qu'on puisse faire une farandole complète dans le sanctuaire. A Sim'hat Torah, on boucle le cycle de la lecture de la Torah - et on le recommence, et hier soir, après avoir sorti les trois rouleaux que possède notre congrégation, toute l'assemblée a fait une procession enthousiaste et en musique, les adultes nous passant de mains en mains les rouleaux tout en dansant, avec les enfants parmi nous, étonnés et charmés de cette fièvre soudaine, surtout pour ceux qui ne viennent jamais à la synagogue.
Mon Ziti, quant à lui, qui a l'habitude, a tout d'abord participé à la fièvre ambiante, dès son arrivée - il a un sixième sens, mais il se doutait bien aussi que c'était un office "extra"ordinaire, ne serait-ce que parce les chaises n'étaient pas à leur place habituelle, pour laisser l'espace pour faire la procession en toute liberté. Il était suffisamment bruyant pour qu'un autre enfant lui lance "ta gueule !" à moment donné, ce qui m'a fait bien sourire, et mis sa mère dans tous ses états, ne sachant plus comment s'excuser auprès de moi.
Puis, une fois qu'il a vu que tout le monde faisait la ronde et que je lui ai remis un tambourin, sur lequel il a fini par frapper en rythme, je l'ai lancé à son tour dans la farandole, et il fallait le voir rayonner et surtout, c'est là que j'étais ravie, rester dans le cercle - et ne pas en profiter pour se sauver dans l'escalier pour son jeu à lui - et donc participer à notre activité : il dépassait tout le monde, mais il restait dans le cercle, et ne s'est à aucun moment débarrassé du tambourin, qu'il a utlisé tout en dansant et sans bousculer quiconque.
Les enfants, qui n'ont pas encore le droit de porter la Torah, avaient des drapeaux ou des instruments de percussion. Certains adultes étaient peut-être un peu "coincés", mais nous qui ne l'étions pas, nous étions bien heureux de chanter, et tournoyer avec le précieux rouleau.
Enfin, nous avons rassemblé tous les enfants sur les chaises au milieu, puis solennelement déroulé le plus grand de nos rouleaux pour en faire une immense banderolle tout autour du sanctuaire, tous les adultes mobilisés pour tenir notre texte sacré autour de nos enfants héberlués (enfin je dis ça, mais au début, moi qui étais placée derrière le parchemin qui me masquait le pilier qui me masquait Monsieur Ziti, j'entendais surtout ses cris d'excitation, et j'apercevais du coin de l'oeil Monsieur Zebu qui avait pour mission de l'empêcher de se précipiter sous le rouleau - ce qu'il n'a jamais eu l'intention de faire visiblement).
Normalement, là, les jeunes qui avaient eu l'honneur de devenir bar-mitzvah dans l'année, auraient dû venir cantiler quelques versets de leur parasha (section de la Torah qui est lue à la date de leur treizième anniversaire), mais il n'y en avait guère de présents. Le rabbin a fait le tour, et pointé les grands passages clés, ce qui a permis à Monsieur Zebu d'immédiatement repérer que les livres étaient séparés par quelques espaces. Le jeune homme qui avait célébré sa bar-mitzvah le matin même a alors lu la dernière section du dernier livre puis le cantor a ensuite enchaîné avec le tout début de la Genèse, et les enfants ont pu voir que dans l'espace de la ronde que le rouleau formait alors, le cycle était continuel.
Je disais plus tôt que je trouvais dommage que les familles du coin n'envisagent pas plus de participer à la vie liturgique parce qu'ils manquent des occasions idéales de sensibiliser à la beauté concrète des idées véhiculées par la religion. Hier soir en était une.
|
Posté: 12h02, 15/10/2006 dans Tronches de vie |
Commentaires (3) | |
|
Routines, encore et toujours
Il faut les nourrir, ces chères petites têtes brunes. Pas que je me laisserais mourir de faim, s'ils n'étaient pas là, mais je ne suis - malheureusement - pas du genre à me préparer des bons petits repas que je déguste à heures fixes, et à table dressée. Et comme l'exemple ne leur a donc pas été donné - honte sur moi - ni l'un ni l'autre ne sont des fanatiques de l'aide ménagère pour mettre le couvert, et même s'il est conscieusement mis finalement, ça n'a jamais réussi à les inciter à se précipiter à table quand je sonne la cloche (mais non, je n'ai pas de cloche ! c'est une figure de style !) pour signifier que le repas est servi.
Je m'efforce donc de m'en tenir à l'appel de l'horloge pour être sûre que je n'oublie pas de préparer à dîner et c'est plus par habitude que par inspiration que finalement tous les jours on finit par avoir quelque chose dans nos assiettes. Je n'ai pas beaucoup d'imagination en la matière, je ne me creuse donc pas la tête (puisque je sais que je n'y trouverai rien), et j'ai tendance à demander (très grave erreur à ne pas commettre) à Monsieur Zebu ce qu'il voudrait dîner ce soir-là. J'obtiens systématiquement un "je ne sais pas" qui me désole, parce que j'aimerais tellement qu'il m'indiquât précisément ce qui me pousserait peut-être au derrière pour me surpasser dans la confection d'un repas digne de ce nom.
Quant à Monsieur Ziti, c'est un tel travail de titan de lui faire avaler quelque chose de différent, que cela ne peut pas entrer dans le cadre d'un repas. Voilà six ou sept mois que j'ai "introduit" le haricot vert (notez le singulier), et j'ai le plaisir de voir que cela se passe très bien, le légume actuel est donc le haricot vert (de préférence un par un pendant qu'il regarde l'ordinateur). Expliquer comment on fait pour lui "apprendre" à manger de nouvelles choses (lui faire accepter la nouveauté, en termes de textures, odeurs, sensations, etc.) n'est pas inclus dans ce billet mais si ça vous intéresse, on peut en faire un. Je me tâte pour savoir si je vais passer à un autre légume (il y a bien la tomate en sauce tomate qui a eu un peu de succès, mais c'est moi qui me suis lassée).
Son repas du soir est pour ce qui le concerne tout trouvé, je lui grille un steack (haché), et j'alterne entre frites au four, coquillettes ou riz blanc.
Pendant que je prépare les dîners (un par personne donc), en général Monsieur Zebu est parti rejoindre son petit copain Yves dans l'autre rue, en haut de la colline, et ils jouent à je ne sais quoi pendant des heures. Les soirs tombant de plus en plus tôt vont bientôt les empêcher de profiter aussi longtemps de la rue, je ne sais pas s'il sera possible de les faire jouer chez l'un ou l'autre (ils ont leurs secrets), car ici, la spontanéité, c'est pas trop le fort des familles. Moi, ça ne me gênerait pas, mais bon.
Bien sûr, le repas est souvent prêt alors que Monsieur Zebu n'est pas encore rentré. Parfois je me décide à aller le chercher, mais le plus souvent, je me résigne à n'en rien faire, parce qu'il finit par arriver, en claironnant "le dîner est prêt ? Yves est allé dîner, est-ce que je peux y retourner après ?" et cinq minutes chrono plus tard il serait reparti si je n'y prenais garde. J'essaye d'y prendre garde en le suppliant de s'asseoir et qu'on dîne ensemble (je rêve ou quoi), et le temps que je me retourne pour aller prendre un truc au four ou sur le feu, j'entends cette *censuré* de télé et je ne vois plus d'assiette sur la table.
Quant à Monsieur Ziti, pas question qu'il ait attendu si son assiette était prête, je sais qu'il a fait une incursion parce que la fourchette a disparu (il est reparti avec pour ne pas perdre de temps lors de son prochain passage éclair), et c'est comme un film sur lequel il manquerait des images, je vois tout à coup l'assiette vide, mais je n'ai jamais vu de petit garçon, alors que je n'ai pas quitté la pièce : je crois qu'il faudrait que je garde les yeux braqués sur l'endroit où il apparaît pour le voir effectivement manger et lui rappeler de s'asseoir, mais je le soupçonne très fort d'avoir repéré que c'était ce qui risquait de lui arriver, et par conséquent de ne s'approcher que lorsqu'il voit que je ne regarde pas. Mais comment fait-il ? Et pendant ce temps, on en est toujours à "Gladys the goose plays the gong !" "Ziti's too LOOOOOOOOUUUD!!"
|
Posté: 12h47, 8/10/2006 dans Tronches de vie |
Commentaires (0) | |
|
La routine, deuxième partie
Et puis, c'est quand les enfants rentrent à leur tour de leur longue journée d'école. Il est quinze heures trente, et soit le bus de Monsieur Ziti se profile dans l'horizon de la rue, soit un Monsieur Zebu mutin se faufile en essayant de ne pas se faire voir - c'est toujours raté - par les fenêtres devant lesquelles il est obligé de passer pour rentrer. La vie est pleine d'imprévus : on ne sait jamais lequel arrive le premier, mais c'est souvent dans un mouchoir de poche.
Alors j'en accueille un puis l'autre, attrape au vol le sac à dos jeté dans le chemin, rappelle à Monsieur Ziti d'enlever ses chaussures s'il ne l'a pas fait, et d'aller faire pipi, tandis qu'il se précipite pour voir s'il reste du porridge du matin à finir, et sinon, me réclamer "drink !" ce qui veut dire le suivre, lui demander de trouver son verre qu'il a laissé quelque part que lui seul saura, et le remplir d'eau avant de le poser sur la table (car Monsieur Ziti ne sera pas resté près de vous, ça j'ai déjà raconté).
J'ai eu le temps de demander à Monsieur Zebu des détails sur sa journée (vous demandez des détails à vos enfants ? mais vous êtes folle ! les détails, c'est "c'était bon le déjeuner ?", si, si je vous assure, et puis de temps en temps après, j'ai des détails inattendus), et je sors de leurs sacs respectifs les "lunch-boxes", pour les vider des reliefs éventuels, et nettoyer ce qui doit être nettoyé.
J'attrappe le livre de communication de Monsieur Ziti et lit avidement les commentaires laissés par la maîtresse (jamais des détails sensationnels, mais utiles toutefois), souvent des compliments sur ses progrès (il apprend vite, et ça doit être plus agréable pour ses intervenants de ne pas avoir à s'attarder des mois et des années sur le même niveau mais pouvoir passer rapidement à une variante).
Désormais cette année, Monsieur Zebu a un cahier de textes, eh oui, CM1 ils grandissent, ils sont censés être responsables de leurs devoirs (tu parles, si je ne lui rappelle pas cinquante fois de les faire, ça serait la panique à 8 heures et quart avant d'attraper le bus "maman ! je vais avoir zéro, je n'ai pas fait mes devoirs ! c'est de ta faute !" bien sûr, c'est toujours de ma faute !).
Et la maison est déjà jonchée, comment font-ils ? on entend braire "Peggy the pig plays the piano", puis hurler "Ziti ! tis too LOUD!!!!!", parce que ça couvre le son de Cartoon Network. "Monsieur Zebu ! tu es censé faire tes devoirs AVANT de regarder des *censuré* à la télé, je vais débrancher cette *censuré* de télé". Il est quatre heures et je suis épuisée.
Moralité : une heure le matin, plus une demie-heure l'après-midi, c'est normal que je n'arrive à rien faire de mes journées.
|
Posté: 12h36, 5/10/2006 dans Tronches de vie |
Commentaires (2) | |
|
Vu (à) la télé
Monsieur Zebu rentre de l'école, et puis quelques instants plus tard tout à trac m'annonce qu'il veut regarder "Eyewitness News at 5" (le JT d'ABC Network, l'équivalent du 20 heures de TF1 sauf que nous c'est à 17 heures, quoi, on dîne tôt en Amérique, eh oui). Heu, oui ? ah bon ? pourquoi ? parce qu'il y avait un gars qui a filmé à l'école, m'explique-t-il, et qu'il veut voir le reportage.
Allons bon, qu'à cela ne tienne, je ne suis pas une fanatique de regarder les journaux télévisés américains, qui ne sont pas des modèles du genre (mais quel JT est-il exempt d'histoires à ne pas mettre entre toutes les oreilles) mais il a l'air de vraiment y tenir, je lui dis de faire ses devoirs d'abord, et de se débrouiller ensuite pour être de retour d'avec son pote en haut de la colline à l'heure, que je n'aie pas à aller le chercher s'il ne veut pas rater le reportage (on ne sait pas à quelle heure il sera projeté, je ne sais même pas de quoi il s'agit). Il est tellement motivé, qu'il prend la peine de s'équiper d'une montre, et effectivement, il est ponctuel, 5 heures moins dix, comme prévu.
On s'installe devant la télé et passe sur la 7 à 5 heures, et bien sûr - je n'étais pas au courant - les gros titres sont sur la tuerie qui a eu lieu la veille à Wolf Rock School en Pennsylvanie, une petite école privée Amish, où un tueur a massacré au moins cinq fillettes, tandis que cinq autres luttent encore pour leur vie à l'hôpital.
Je vérifie avec Monsieur Zebu qu'on peut en parler, qu'il comprend qu'il ne s'agit pas d'un accident, mais d'un meurtre, quelle est la différence entre ce qu'est un accident et un acte de sauvage, et je me demande tout à coup si le reportage n'aurait pas un rapport, et auquel cas, si c'est une consigne de l'école (au début j'avais pensé ça, mais voyant les gros titres, je me dis que c'est absurde, si les responsables à l'école choisissent justement aujourd'hui pour que les enfants apprennent une telle nouvelle, ce n'est pas malin).
En fait, Monsieur Zebu me dit que pas du tout, c'est lui tout seul qui a eu envie de voir le Journal, parce qu'il a aperçu le reporter, a repéré que c'était Eyewitness News (ça repère vraiment tout à cet âge-là, on m'aurait demandé à moi, j'aurais jamais su), et que pour lui, c'était évident que "ça" (on ne sait toujours pas quoi) allait passer le jour même où la télé était venue filmer.
Et voilà qu'on annonce le reportage, et qu'on voit effectivement son école ! (j'ai cherché les vidéos sur leur site, pas trouvé celle-là, sorry). Et que c'est en rapport ! En effet, depuis Columbine notamment, et encore plus sérieusement après Beslan, notre district scolaire a mis en place une "task force" de recherche sur les conditions de sécurité dans les écoles, et tous les ans nous démarrons l'année scolaire avec moult exercices de sécurité, sécurité incendie, sécurité lock-out (personne ne rentre), lock-down (personne ne sort), shelter-in (tout le monde s'enferme au gymnase calfeutré), j'en passe et des meilleures.
Eyewitness News est donc venu interviewer les responsables en place, y compris le proviseur de l'école, qu'on voit expliquer comment ça se passe dans l'école, après qu'on nous a montré le système de sas d'entrée : quand les enfants sont en cours, on n'entre pas sans avoir pressé à l'interphone et été identifié par la caméra interposée, je n'avais jamais imaginé que c'était pilote dans le Tri-State area, mais apparemment oui.
Et Monsieur Zebu de s'écrier "mon bus, c'est mon bus !", celui d'où effectivement il avait remarqué le journaliste face aux caméras. Il faut toujours croire ce que vous racontent vos enfants.
(Le drame a eu lieu dans une petite école dans laquelle le tueur savait pertinemment que jamais un tel système pouvait exister, et que jamais personne dans cette école où apparemment il a visé exprès des fillettes, il n'y aurait d'armes, ou de force agressive d'interposition. Cela me rend encore plus malade d'y penser. Mes prières vont vers cette communauté pacifique entre toutes les communautés, qui vit une tragédie innommable et pleure dans la dignité).
Et de me dire que le discours que nous avons entendu avant-hier à la synagogue, discours très politique et pas du tout favorable au gouvernement actuel, c'est le moins qu'on puisse dire, était vraiment d'actualité, quand notamment il a abordé la question des armes.
|
Posté: 12h24, 4/10/2006 dans Tronches de vie |
Commentaires (6) | |
|
Se faire pardonner
Une tradition très importante dans la préparation au Yom Kippour (le jour des Propiations) consiste à faire la démarche de se faire pardonner tout ce qui a pu blesser autrui, et qui reste l'objet d'un contentieux entre soi et cette personne. Ce n'est pas facile, mais c'est indispensable, parce qu'il n'est absolument pas question de se présenter lors de cette journée solennelle entre toutes avec des "gamelles" qui ne concernent que soi et qui viennent nous empoisonner l'existence, sans même que parfois on s'en aperçoive.
Ce n'est pas facile, mais c'est salutaire. Voilà des années que j'avais gravement vexé ma mère, en commettant - ou plutôt en continuant de commettre - le crime absolu de ne pas m'intéresser autant qu'elle l'aurait aimé à l'art culinaire. Comble des combles, j'avais marqué mon désintérêt absolu en signifiant notamment que je ne souhaiterais certainement pas m'encombrer des classeurs de recettes - ne hurlez pas, je sais, c'est indigne - qu'elle avait génialement assemblés au cours de décennies d'expérimentations toutes plus réussies les unes que les autres.
Cela avait donné lieu, vous pourrez aisément vous en douter, à une prise de bec suffisamment mémorable, pour qu'elle décrète avec une rage légitime, que je pouvais toujours me brosser pour effectivement les obtenir après sa mort - que Dieu la garde en vie jusqu'à cent vingt ans et plus ! - et que ma belle-soeur en serait alors l'héritière. Anathème qui m'a alors poursuivie, avec le remords qui a grandi en moi comme un baobab à l'intérieur de mon coeur. Ce n'était pas l'idée qu'une pièce rapportée - j'adore ma belle-soeur, qui est un trésor de bonté et bien mieux empreinte de piété familiale à l'égard de sa belle-famille que aucun d'entre nous, et qui mérite par conséquent certainement beaucoup plus que moi cet héritage unique - bénéficie de ce trésor qui ferait pâlir d'envie toute blogueuse culinaire qui me lirait, mais plutôt la mesure de l'offense que j'avais commise qui s'est mis à me hanter d'années en années.
Ma mère m'avait clairement dit qu'elle ne me pardonnerait jamais, et les années passaient sans que j'ose jamais, honteuse que j'étais, lui dire combien je regrettais ma sortie. Pourquoi ? ce n'était pas si difficile, croyez-vous. Mais si ! et si je lui disais combien je regrettais, et qu'elle comprenne de travers ? Connaissant ma mère comme je la connais je risquais très fort qu'elle se dépossédât immédiatement, non pas des précieux classeurs, mais d'une bonne demie douzaine d'ouvrages achetés pour la circonstance pour "remplacer"... Et ce n'était pas de cela qu'il s'agissait, mais bel et bien de l'offense et de l'anathème qui s'en était suivi.
Aujourd'hui, sonnez trompettes et résonnez chofar, j'ai eu un message de bon Kippour sur mon répondeur de bon matin, alors que nous étions déjà en vadrouille, et j'ai bien entendu rappelé dès que j'ai eu un instant, un peu ennuyée d'avoir à justifier que j'étais pressée et pas complètement disponible pour entendre parler des différentes nouvelles familiales, cousinesques, et autres menus détails se déroulant à des milliers de kilomètres, et toujours un peu confus, tandis que je vaque dans une autre dimension et un autre espace-temps. J'étais évasive et pas très chaleureuse me semble-t-il et j'ai fait très bref, surtout que à l'autre bout du fil, je sentais bien que ma mère était au jardin, elle aussi s'interrompant pour la circonstance.
J'ai raccroché, grognon après moi-même, et ruminant sur le désordre qui ne disparaissait toujours pas par enchantement, j'ai réalisé à ce moment que j'étais en train de louper ma préparation à Kippour et qu'il était grand temps de rappeler maman. Ce que je fis. C'est une tradition entre nous, de se raccrocher plus ou moins au nez et de se rappeler dans les cinq minutes, pour pleurer et rire à n'en plus pouvoir, de nous être engueulées et détestées cordialement alors qu'on s'aime. Le tout c'est de savoir l'admettre, hein. J'ai donc rappelé pour régler cette vieille histoire de classeurs de recettes.
Je ne sais toujours pas si j'en hériterais - le plus tard possible - mais ma mère a accepté de me pardonner l'offense. Vous ne pouvez pas savoir comme je me sens mieux et plus légère !
Allez, je vous laisse pour aller préparer le dîner de fête.
Puissiez-vous tous être inscrits pour une bonne vie !
|
Posté: 12h45, 1/10/2006 dans Tronches de vie |
Commentaires (2) | |
|
Guerre de voisinage
La nouvelle propriétaire du 103 a failli se faire lyncher. C'est qu'un nouveau voisin, il lui faut savoir se faire aimer dans un complexe comme le nôtre ! Alors commencer par demander à sa voisine du dessus, la belle Jehanne aux doigts verts si elle compte arracher son jardin, c'est partir avec un sérieux handicap. Continuer en créant un mini-scandale autour de la place de parking assigné, c'est courir à la cabbale. Elle est très désavantagée, je dois le reconnaître : elle n'a pas d'enfant et n'est visiblement pas en couple. Elle a acheté un appartement qui se vendait très mal, parce qu'il est petit, mal orienté, encastré et sans vue et elle n'est pas très jôliment habillée.
Vous me direz quel est le rapport ? elle accumule les fautes de goût, voilà le rapport. Vouloir détruire un jardin, quand il est la seule chose de joli qui apparaisse dans l'encadrement de vos fenêtres, ça me laisserait songeuse déjà. Mais je viens d'apercevoir les rideaux qu'elle a installé aujourd'hui à ces mêmes fenêtres, et effectivement si tel est son goût, je comprends que des fleurs soient moches à ses yeux. Qu'elle n'ait pas d'enfant n'est pas une tare en soi, ni qu'elle vive seule, qu'on me jette un sac de petits galets sur la tête si jamais je me mets à juger quiconque sur ses choix de vie ou sur les circonstances de celle-là - dont je ne connais rien, absolument rien pour l'instant, puisque à part lui souhaiter la bienvenue dans notre voisinage, je n'ai pas eu la moindre conversation avec cette nouvelle venue.
Mais qu'elle ait réussi l'exploit de s'aliéner d'ores et déjà six personnes (à ma connaissance) du voisinage immédiat alors qu'elle n'a même pas encore emménagé ne laisse pas présager que les relations personnelles soient son forte.
Ah que c'est bon de ne pas aimer quelqu'un déjà et de n'avoir aucune raison valable pour ça !
Mais voilà que l'esprit de paix qui souffle dans nos coeurs, me dicte d'accorder le bénéfice du doute, vaille que vaille. Et bien sûr, une semaine passée sur ces grondements perceptibles entre voisins, voici qu'ils ont fini par lui parler, civilement, et le verdict tombe : Jeannette est très gentille et s'intègrera certainement très bien à notre petite communauté. Après tout, c'est quand même elle qui va devoir se taper la batterie d'Alexandre, les pleurs des deux nouveaux-nés dans l'année qui perceront certainement les murs de son appartement à des heures différentes de la nuit, les allées et venues des belles adolescentes de Jehanne, et de leurs boyfriends, les vocalises de la trompette de Monsieur Zebu, les possibles intrusions de Monsieur Ziti si d'aventure il décidait qu'il pouvait explorer son appartement (bien qu'il n'en ait pour l'instant jamais manifesté le désir, mais allez savoir), les précautions multiples à prendre lorsque cinq ou six gamins font du baseball ou du football devant les maisons et les garages quand on doit filer à toute allure à un rendez-vous urgent et qu'on est en retard, et j'en passe certainement des biens meilleures, les interrogations quant à pourquoi la police est dans la rue pour la énième fois n'étant pas des moindres.
Bienvenue dans le voisinage, Jeannette !
|
Posté: 12h42, 25/9/2006 dans Tronches de vie |
Commentaires (1) | |
|
Revanche sur la grincheuse
Vous vous rappelez de ma râlante à propos de Dee Danemann ? Comme elle peut me hérisser le poil, et me mettre finalement mal à l'aise chaque fois que j'ai à être en sa présence - et c'est très fréquent de nous croiser. Nos enfants fréquentent la même école élémentaire, nous appartenons aux mêmes associations actives et à la même synagogue, où son aîné va célébrer sa bar-mitzvah dans une semaine.
Eh bien ce soir-là, je crois bien que j'ai assisté à une scène qui va m'avoir soulagée de cette sensation désagréable à son contact et je ...jubile. C'était donc la réunion de rentrée, le grand raout annuel où les parents sont conviés à une soirée portes ouvertes dans les écoles, avec présentation du personnel enseignant et autres par le proviseur, visites dans les classes respectives où les maîtres déclinent leur programme de l'année, leurs méthodes, et ce qu'ils attendent des élèves et de leurs parents. L'association des parents d'élèves prend également la parole pour inciter à ce que les parents la soutienne : contrairement à la France, on n'a pas plusieurs associations qui représenteraient des sensibilités politiques distinctes, ce n'est pas la conception ici, les parents soutiennent en adhérant ou pas, et ce n'est pas une association de défense des droits, mais plutôt un partenaire des écoles, qui se charge notamment par la récolte de fonds privés, d'améliorer le matériel, les programmes extra-scolaires, comme par exemple des visites, ou tout simplement l'environnement dans lequel les élèves apprennent. L'association s'appelle d'ailleurs "parents-professeurs" et non pas "parents d'élèves".
Moi aussi j'y vais de mon petit couplet pour présenter notre association, - celle des parents-professeurs de l'éduc spé, et les activités que l'on proposera cette année - nous, ce sont essentiellement des orateurs que nous convions sur des sujets de conférence, et notre grande "Journée des Différences" - que je présente en détail sur mon site. Nous avons également financé des aménagements dans les aires de récréation pour les enfants avec handicaps moteurs et d'autres programmes en collaboration avec l'association des parents/professeurs.
C'est une soirée pleine de monde, pleine de voitures sur le parking de l'école bien sûr, et qui demande de bien tenir tous nos horaires de dingue. Quand on sait qu'on est pour notre part à deux soirs de notre nouvel an - toujours le stress de préparer des grandes fêtes - et qu'en ce qui concerne ma fameuse bête noire, je veux bien croire, qu'à une semaine de la bar-mitzvah de son aîné, elle doit être encore plus sur les dents. Toujours est-il qu'elle faisait encore plus la gueule que d'habitude, ça me semblait une prouesse en soi d'être capable de faire encore plus la gueule, parce que pour moi c'était le summum.
J'avais prévenu que je serais en compagnie de mes monstres, puisque pas de baby-sitter ce soir, et puis ils grandissent, la soirée portes ouvertes des "grands", il y a toujours pas mal d'enfants, ils sont à l'aise dans leur école qu'ils connaissent bien, ils s'organisent dans les couloirs - qui sont très spacieux dans notre école, plutôt des halls que des couloirs en fait. Quant à monsieur Ziti, pas question de le laisser en liberté, couloir ou pas, hall ou pas, il aurait très vite fait de trouver le moyen de sortir par la sortie principale, contourner les bâtiments et aller - dans le noir complet et par température frisquette - sur les toboggans et autres agrès de l'aire de jeux. Ou bien pire encore, explorer les classes où les maîtres font leurs présentations, pas du tout prêts à être interrompus par l'irruption d'un petit cabri rugissant "Tina the Tiger plays the Trumpet !" ou bien se lamentant que "A B C is broken"...
Bon j'étais un peu tendue moi aussi, alors que Dee me fasse la gueule ça m'indifférait totalement, même l'email cinglant qu'elle m'avait retourné la veille en réponse à l'un des miens (peu lui importe que tout le monde nous lise apparemment puisqu'il était en copie à tout le bureau) m'avait laissée de marbre, et m'avait même permis une de mes répliques faussement naïve sous couvert de mon incompréhension des subtilités de langage - moi l'étrangère, où en fait je me foutais ouvertement de sa chetron.
Nous nous retrouvons, tout à fait par hasard, au même moment à l'heure de la sortie en masse, toutes deux nous pressant - mais pour des raisons bien différentes - vers nos voitures garées, c'est un hasard, dans la même partie du parking, face à l'école. Or, une marée de SUV est garée en file indienne au milieu du parking, espace normalement pas dédié à l'arrêt des véhicules, mais visiblement soit il y a de plus en plus de monde qui vient, soit il y a des espaces supplémentaires qui ne sont plus disponibles lors des grands raouts, soit quand il n'y a personne pour régler la circulation, c'est comme ça que les gens se garent, du moins ceux qui arrivent après tout le monde. La manoeuvre pour faire marche arrière avec nos voitures, et tourner à quatre vingt dix degrés pour sortie de l'école est rendue délicate par la présence de cette travée supplémentaire, mais pas impossible, j'ai déjà testé.
Pour ma part, je me pressais pour seulement permettre à Monsieur Zebu et moi-même d'avoir la possibilité de trouver un ou deux livres supplémentaires à acheter à la foire aux livres, et pour cela "libérait" Monsieur Ziti de la foule en le ramenant à son hâvre de paix et de tranquilité dans la voiture, où il s'installait heureux, casque de musique sur les oreilles, et galette de riz en bouche, tandis que nous deux repartions vers l'école sans avoir à nous faire tirer en sens inverse. Je n'ai donc pas prêté attention à la chère Dee, qui elle de son côté se pressait pour filer chez elle, et dut se dire que fatiguée comme elle était, dans le noir, elle n'allait pas pouvoir manoeuvrer sans risquer d'emboutir le quatre-quatre qui lui était perpendiculaire dans sa trajectoire de femme énervée.
Et voilà qu'alors que nous sommes dans la file d'attente pour payer les livres choisis, je la vois qui arpente les couloirs, furax, et harponne le proviseur pour qu'il aille faire une annonce pour faire évacuer TOUS les véhicules qui sont ainsi garés. Encore quelques minutes, et la voici toujours aux prises, cette fois-ci avec l'une des propriétaires des SUV inconvenants, et manque de bol, c'est l'une des plus speeds des filles de la terre, une fille formidable, hyper-sympa, hyper-active, et qui n'a pas la langue dans sa poche. La confrontation des deux dans ce couloir à demi-éclairé (tiens, j'y pense, c'est vrai, ça, comment ça se fait, que la lumière avait sauté ou quoi ?) avec une sorte de flux ininterrompu de parents allant vers la sortie était désopilante - surtout quand on connaît l'attitude "pudique" américaine qui consiste à faire comme si on ne remarquait rien, ne voyait rien, n'entendait rien, dès lors qu'il y a un scandale dès fois que ça puisse vous éclabousser, en tous cas, moi, ça m'a fait éclater de rires.
Dans l'engueulade que lui a passé Elodie, il y avait sans doute la voix de toutes celles qui comme moi depuis des années ravalent leur humiliation aux rebuffades de Dee. Ah ! que c'était bon ! J'ai été embrasser Elodie tandis que Dee avait fini par disparaître - dans un vrombissement et si elle avait pu faire crisser ses pneus, je suis sûre qu'elle l'aurait fait - et nous avons ri toutes les deux de bon coeur, soulageant ainsi un peu de la tension que la pauvre Elodie s'était prise en pleine poire pour vraiment pas grand-chose !
p.s. : avec tout ça, je n'ai même pas dit combien mon Ziti, il a été impeccable à cette soirée de folie ! quelques mordillements et des sauts de carpe en se tapant sur la tête, avec petits cris mis à part, un départ de feu pendant le speech du proviseur (je ne sais plus si c'était sur Lapin Maternelle ou sur Gina the Goose, moi, je filtre les scripts à tel point que je suis incapable d'en reproduire le moindre, alors que je les entends soixante-trois-mille-deux-cinquante-huit fois par jour), mais il n'a même pas fait mine de bouger de son siège, quand c'est moi qui suis allée au micro, et je n'ai pas eu besoin de jeter mon oeil ailleurs que sur mon papier, il a paraît-il été très intéressé que ce soit moi qui soit sur le podium). Et pendant la présentation de la maîtresse de la classe de son frère, il est resté assez sagement une première partie, une seconde partie je me suis mise à ses côtés, et il a surveillé la pendule, il ne me restait plus qu'à prier pour que j'aie bien évalué la durée en annonçant qu'à huit heures il pourrait se lever, et finalement comme il n'avait pas dormi de la nuit d'avant, il a jugé bon de se mettre sur le tapis de lecture, et on ne l'a plus vu ni entendu jusqu'à l'heure de fin. Il a même supporté que nous ayions à écrire un petit mot dans les cahiers de nos rejetons - j'ai bâclé, j'avoue.
|
Posté: 12h03, 21/9/2006 dans Tronches de vie |
Commentaires (2) | |
|
Curiosité
Je lui avais offert un appareil photo jetable, avec le but inavoué, inavouable, d'en savoir un peu plus sur la fameuse maison - celle en travaux et supposée avoir été mise en vente ?? - la fameuse copine - qui d'après Monsieur Zebu n'est pas la copine, tu comprends elle n'habite même pas dans la grande maison, mais, - je cite - dans une minuscule maison à côté, ce qui ne l'empêche pas d'être taillable et corvéable à merci apparemment, j'espère qu'elle est payée au moins, quoi que j'en doute bien sûr, et j'en connais d'autres, suivez mon regard, qui ne se gênaient pas pour faire les quatre volontés du monsieur même s'il n'en ressortait aucun geste tendre et reconnaissant en retour.
La curiosité est un bien vilain défaut, n'est-ce pas. J'ai été servie car l'intégralité du film a étë pris, selon la passion actuelle du photographe. C'est dans les gènes masculins d'aimer les bagnoles ?
cliquer sur la photo si vous voulez vraiment voir l'album
|
Posté: 12h49, 16/9/2006 dans Tronches de vie |
Commentaires (3) | |
|
Artaban
Il est sorti tout fier du bus, sac au dos, bras nus malgré la pluie, et au bout de l'un d'entre eux, triomphal, il portait son étui : sa première trompette. Eh oui, Monsieur Zebu commence la trompette cette année.
Il nous a fallu quelques minutes à tous les deux pour arriver à en produire un son, c'est quand même moi qui ai trouvé la prems', j'aurais été vexée du contraire. Maintenant, je lui ai tout de même dit, qu'il fallait mieux attendre sa première leçon pour apprendre quelle était vraiment la bonne position des lèvres, histoire qu'il ne commence pas par prendre des mauvaises habitudes et se les bouzille mine de rien. C'est que ça vibre de jouer de la trompette c'est moi qui vous l'dis !
Du coup, il m'a dit que tant qu'il ne savait pas quelles étaient les positions des pistons pour les notes, il pouvait toujours sonner de la trompette comme d'un shofar !*
*Le shofar est la corne de bélier que l'on sonne, notamment le jour de l'an, Rosh ha Shana, et pendant le mois qui précède, pour rappeler les consciences à l'ordre.
|
Posté: 12h20, 14/9/2006 dans Tronches de vie |
Commentaires (4) | |
|
Les petits progrès
Les parents paniquent. C'est la saison. On est tous sur-stressés par les rentrées, les consignes, les emplois du temps à intégrer. Moi aussi, mais pas pour les mêmes raisons que les parents que je rencontre, c'est marrant je me sens tout le temps décalée. Après tout, j'oublie chaque fois qu'on est pas comme les autres finalement, mais c'est marrant ça m'étonne tout le temps.
Emilienne qui panique et me raconte qu'elle ne sait pas comment elle va faire, entre Jamel - dont elle avait retardé les passages au CP d'ailleurs - qui continue à ne pas être vraiment au point avec la lecture maintenant qu'il entre au CE1 - Jocelyne qui vient de rentrer au collège, et qui ne comprend toujours pas comment on aligne les unités et les dizaines à la verticale dans les opérations arithmétiques, tandis qu'elle continue d'avoir Thomas dans les pattes à l'heure où il faut qu'elle fasse faire les devoirs à tout ce petit monde là, son aînée Jessica qui termine cette année le collège, et qui a donc assez à faire avec ses propres devoirs.
C'est sûr qu'elle a une sacrée pleine maison, Emilienne. Rodolphe, son mari, est tout le temps par monts et par vaux - il est missionnaire de je ne sais plus quelle Eglise - quatre enfants à la maison, tous les quatre d'un père différent, - seul Thomas a son père et sa mère biologiques qui l'élèvent, Jocelyne et Jamel ont été adoptés, et Jocelyne même si elle est plus âgée, n'est arrivée dans la famille que l'été passé. Auparavant, j'ai appris, qu'elle n'était même pas scolarisée. Pas étonnant qu'elle ait un peu de mal avec l'arithmétique ! J'attire l'attention d'Emilienne sur le fait que Jocelyne a réussi la prouesse de faire un CM2 durant lequel elle a rattrappé le niveau de trois classes ! tous les cours préparatoires, et les deux années d'élémentaire. Cela présage tout de même sacrément de ses capacités, de son intelligence, de sa force d'adaptation (elle a appris à parler l'anglais en quelques mois, elle m'a épatée littéralement).
Emilienne semble frappée par mon argument. Je la sens qui est prête à s'y ranger. Je lui dis combien c'est important qu'elle sépare sa propre anxiété face à elle-même (et sa peur à elle de ne pas y arriver, c'est à dire, de ne pas arriver à s'organiser comme elle le voudrait pour que tout son petit monde - y compris la chienne et la dernière addition à la famille, un petit puppy qui vient de se casser une patte - fonctionne selon ses propres critères) de celle qui pourrait être celle de Jocelyne ou de n'importe quel autre de ses enfants. Rodolphe et elle commencent déjà à s'inquiéter qu'ils n'auraient pas dû l'envoyer au collège si tôt, qu'elle va décourager les profs quand ils vont s'apercevoir de son niveau dans quelques semaines (et vas-y que je prépare inconsciemment le terrain pour des prédictions négatives qui se réalisent), et qu'elle ne réussira jamais aux fameux examens qui sont désormais l'obsession quasi universelle des parents partout - ici et ailleurs d'après ce que je lis - puisque désormais la réussite ne semble plus se mesurer qu'à coups de tests, d'évaluations, d'échelles de mesure et vas-y-que-j'te-pousse.
Je lui dis alors : "Tu sais, Monsieur Ziti, cette année il serait rentré au collège, comme Jocelyne. Je continue de recevoir ses documents (les plans éducatifs), avec comme en-tête "classe de Monsieur Ziti : sixième", parce que ça correspond à son âge - chronologique. Hier, au moment de partir pour ma répète, alors que la babysitter était là, je lui dis "Monsieur Ziti, tu dois aller prendre ton bain, déshabille-toi, fais pipi et prends ton bain" et je continue à parler avec elle. Et le voilà, qui arrive, tandis que j'entends que la chasse a été tirée, qui vient presque tout nu, ses vêtements dans les bras, pour me les donner soigneusement, et qui repart retirer le haut et se glisser dans le bain !"
Et je continue : "Tu vois, ce n'était pas la première fois qu'il suivait toutes les instructions complexes que je venais de lui donner. Mais c'était la première fois qu'il venait, alors que j'étais en train de parler à sa babysitter, pour nous donner le feed-back qu'il faisait ce qu'on lui avait demandé, et qu'il avait compris comment le faire, en ne laissant pas traîner au passage les vêtements dans la salle de bain, sur place, dans une flaque, et en venant au milieu d'une situation complexe signifier qu'il avait compris tout ce qui se passait autour de lui. Pour moi, ça vaut tous les passages au collège. Il faut que tu mesures les progrès de Jocelyne par rapport à elle-même, pas par rapport aux rêves que vous pouvez former pour son avenir, dans trois, quatre ans, ou plus."
|
Posté: 11h31, 12/9/2006 dans Tronches de vie |
Commentaires (1) | |
|
Les devoirs
Et dans la foulée, à propos des devoirs, la première anecdote à leur sujet. Il s'agit de Monsieur Zebu bien sûr, puisqu'à son grand dam, Monsieur Ziti n'en aurait pas (c'est une autre histoire, ça), et c'est le deuxième jour, tandis que les nouvelles instructions arrivent, avec la révision des tables de multiplication (doigt-dans-l'nez), les consignes de présentation des feuillets d'écriture (j'allais écrire "de français", meuh non ! puisqu'il s'agit d'anglais, mais bon, ça s'appelle "writing sheet" il faudra que je m'y fasse), et les injonctions à lire quotidiennement.
Ils doivent tenir un journal de bord de leur lecture quotidienne, qui chez nous a lieu en général une fois couché, puisque Monsieur Zebu a toujours tenu à lire indépendamment (ce qui doit lui permettre de lire des trucs mille fois trop fastoches pour lui, mais je n'ai pas le coeur à insister à cette heure-là, c'est rusé chez moi les gamins !). Comme on n'était pas encore trop blasés, et que la table de trois, vraiment, c'était pas de jeu, Monsieur Zebu accepte de faire sa lecture en rentrant de l'école, avant de filer jouer avec ses petits copains en haut de la colline (condition maternelle sine qua non : faire les vingt minutes de lecture ET remplir le journal de bord, dit "log").
Je vois mon Zebu débarquer au bout du temps imparti, dans le bureau (si on veut l'appeler ainsi, quand je suis installée à l'ordinateur, quoi), littéralement défait et larmoyant. Alertée, je lui demande ce qui se passe donc. "J'ai lu trente minutes, mais on n'a pas à mettre le temps passé à lire, c'est pas juuuuuuste !!!". Eh oui. Il espérait avoir du bonus pour le lendemain, c'est râpé.
|
Posté: 11h51, 10/9/2006 dans Tronches de vie |
Commentaires (2) | |
|
Pas de jaloux
Et une demie-heure plus tard, il ne pleuvait déjà plus, voici Monsieur Zebu sur le départ à son tour, vers le bus (qui est le grand bus pour lui, et qui ramasse les enfants dans une autre rue du complexe).

Indispensable : sur le T-shirt, on lira :
LOST MY HOMEWORK IF FOUND PLEASE COMPLETE AND RETURN!
ce qui se traduit approximativement par : "Perdu mes devoirs. Si vous les trouvez, merci de les faire et de me les rapporter". Impeccable pour se situer vis-à-vis de la nouvelle maîtresse ! je n'ai pas eu d'écho.
|
Posté: 11h28, 9/9/2006 dans Tronches de vie |
Commentaires (0) | |
|
En images
Puisque les photos ont du succès (voir the coupe) et que ça ne peut pas prétendre me fatiguer en effort d'écriture, je vous en ressers un petit peu, surtout que j'ai fait fort à les développer dans la foulée ou presque de l'advenue de leur événement (c'est bien dit, non ?)
Alors pour commencer, Monsieur Ziti, le premier jour d'école, sous une pluie fine, on ne peut pas dire qu'il n'est pas un petit garçon heureux :
|
Posté: 16h58, 8/9/2006 dans Tronches de vie |
Commentaires (1) | |
|
|