Un jour à la fois
Nouvelles d'une famille pas complètement comme les autres. Etre différents n'empêche pas d'avoir un regard sur tout.
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Tiré par les cheveux
Parfois j'écris des trucs qui me dépassent complètement. Je veux dire, j'ai envie d'écrire quelque chose, parler d'un truc, je me mets à écrire en croyant que j'en parle, et quand je relis ce que j'ai écrit, c'est parti sur un chemin que je ne comprends pas. Comme si les mots ne venaient pas de ma pensée, ne venaient pas de moi. Parfois, le résultat ne fait absolument aucun sens pour moi. Pour d'autres, il peut sembler compréhensible, mais pour moi, je ne comprends pas de quoi je parle. C'est assez effrayant comme sensation.
Ca m'arrive aussi quand je parle avec quelqu'un. J'ai envie d'être intéressante, et je ne comprends plus rien à ce que je suis en train de dire, j'ai l'impression de m'enfoncer dans une sorte de verbiage sans fond, et je quête désespérément un signe d'entendement de la part de mon interlocuteur. J'interprète alors tous les signaux comme des formes de politesse, et l'absence éventuelle de rebond de la conversation comme le signe que je me suis totalement égarée, et ai entraîné mon vis-à-vis dans le dédale. Je me dis alors que le mieux est de mettre un terme rapide à l'échange, et je m'éclipse, avec une sensation de chute voire de fuite éhontée.
J'avais remarqué cette difficulté il y a très longtemps déjà. Ca a commencé toute petite, à l'école élémentaire. Je n'ai jamais compris qu'on puisse m'écouter ou me lire, et en même temps j'ai toujours tout fait pour que cela soit possible, pour l'encourager, pour monter sur une estrade, pour être sur le devant de la scène, pour m'engager, pour militer, pour me porter volontaire, pour publier.
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Posté: 15h44, 17/11/2006 dans Soliloques |
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Indigestion
Il y a derrière la vitrine de ce salon de thé qui donne sur la rue froide de décembre cet enfant aux grands yeux, les mains écartées à hauteur du visage, à la petite langue pointue qui n'en peut plus du spectacle des friandises et son imagination qui travaille et le fait saliver, à l'idée de la volupté qui envahirait tout son être s'il pouvait s'offrir ce luxe et ce confort.
Et puis quelqu'un l'aperçoit, s'émeut, l'invite, le fait entrer, l'installe et lui offre de choisir ce qu'il voudrait. Son rêve est exhaucé, il est dans la chaleur, le bruit, la lumière, les odeurs enveloppantes, et il est abasourdi. Il ne sait pas quoi choisir, tout lui faisait tant envie, il n'ose pas, il est trop bouleversé par la nouveauté, l'inconnu, le sentiment de son incongruité, d'être déplacé, différent, inadapté. Il est submergé par le choix et les messages cajôleurs qui l'incitent à ne pas hésiter, toutes ces voix qui l'invitent à aller de l'avant, et qui ne comprennent ni son émotion ni sa gêne, ni ses difficultés.
Tout le plaisir anticipé est gâché, il voudrait être ailleurs, ne pas avoir peur comme ça, ne pas avoir honte, ne pas se sentir si séparé maintenant qu'il n'y a plus la vitrine qui le protégeait de l'exposition aux yeux de tous, quand il pouvait rêver et imaginer. Maintenant, il sait qu'il ne comprend rien, que ce n'est pas son expérience, qu'il va perdre l'occasion, et il est malade, il a trop mangé de sucreries.
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Posté: 11h39, 13/11/2006 dans Soliloques |
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Questions de valeurs
Dans la série "des incompréhensions interculturelles" ou de la différence invisible irréductible, il y a la conception existentielle. Difficile de savoir s'il s'agit en fait d'une réalité culturelle, ou si ma perception personnelle est faite de ma propre sensibilité, de mon caractère unique ou de la marque indélébile de la culture faite à la nature - vaste sujet s'il en est !
Je suis pourtant frappée par des constantes que j'ai tendance à attribuer à "la vision de la vie en France" et "la vision de la vie en Amérique", pour faire lapidaire, et qui font invariablement partie des données lorsque l'on parle des différences du "mode de vie" à la française et à l'américaine. Les classiques des stéréotypes s'y retrouvent aussi. Le Français a un art de vie là où l'Américain a un mode de vie, la catégorisation "être" et "avoir" cédant en fait un peu le pas à celles du "penser" et "faire", voire du "jouir" et "poursuivre", ou encore "concevoir" et "agir".
En tant que française, je m'attacherai plus à la valeur de la mise en relations, des interactions et du système que cela crée. En tant qu'américaine, je serai plus préoccupée par l'accomplissement et le dépassement personnel, mue par un ressort intérieur qui me place au centre sans nécessairement tenir compte des liaisons que mon mouvement peut entraîner.
Concrètement, je retrouve tout cela dans la façon que le Français a d'envisager sa place dans un groupe - d'amis, familial, professionnel, etc. - comparativement à celle que l'Américain donne à ce tissu social. Aux Etats-Unis, c'est une danse codifiée, qui est très formalisée, sans doute parce qu'elle n'est pas centrale du tout dans le sentiment qui nous meut : on est juxtaposés, pas imbriqués (on retrouve encore ici la notion déjà évoquée de distances personnelles, de respect du domaine du privé et de l'intime), là où en France, il est important de faire fructifier les relations, de les nourrir et de les entretenir, comme un but poursuivi, le bonheur est dans la réussite des liens et non pas dans l'accomplissement individuel.
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Posté: 12h19, 12/11/2006 dans Soliloques |
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Le blogue
Voici plusieurs mois que je me suis lancée, sans me poser la question de ce que j'en attendais. Plus par discipline, j'ai tenu le rythme, avec beaucoup d'esprit critique, souvent étonnée des réactions favorables, des visiteurs fidèles et de ceux de passage. Ce qui m'a tout de même le plus surprise, c'est ma propre attitude, comme si je n'y accordais pas tant d'importance, à ne pas compter vraiment les visiteurs, à ne pas encourager les commentaires, à ne surtout pas les espérer ou m'en réjouir quand ils étaient là, à être ambivalente quand il n'y en avait pas et aller vérifier que leur absence n'indiquait pas aussi de la désaffection totale de lecteurs.
J'ai été ensuite surprise du processus d'écriture lui-même. J'avais l'impression que ce serait plus facile en quelque sorte, que ça ne me demanderait pas autant d'effort et de frustration : j'ai toujours l'impression que je suis mécontente du résultat d'un billet une fois publié, qu'il ne reflète absolument ce qui avait été à son origine, l'impact que je lui imaginais.
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Posté: 13h09, 31/10/2006 dans Soliloques |
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Volontariat
Je ne connais rien de tel que le retour de plaisir de ceux à qui on a fait plaisir. Ce sont toujours ceux qui se donnent le plus de mal, qui trouvent encore le temps de vous remercier du tout petit peu que vous avez pu contribuer et cela fait chaud au coeur.
C'est vrai que d'être volontaire comme par exemple les musiciens et chanteurs d'un choeur liturgique, ce n'est pas toujours évident. Il faut se décarcasser pour monter soi-même ses partitions dans l'ordre de l'office, en fonction des demandes pas toujours bien relayées des différents protagonistes, entre le rabbin, le cantor, le bar-mitzvah, le petit-neveu de l'arrière grand-tante de l'Ontario, il y a parfois des surprises, et on ne s'attend pas toujours à avoir à partir sur telle ou telle mélodie, ou bien c'est l'absence d'une voix d'un pupitre entier qui oblige à redistribuer les rôles dans la seconde.
Pour ma part, c'est vrai que m'organiser pour faire en sorte que je puisse me concentrer, et donc avoir les enfants de casés pendant les répétitions - qui sont une fois sur deux à vingt-cinq kilomètres d'ici, la nuit, cela implique des frais de garde d'enfants, d'essence, et régulièrement des casse-tête à n'en plus finir pour être sûre que je n'ai rien oublié dans les instructions du moment. De nouveau des frais de garde et des gymnastiques diverses et variées pour assurer la garde pendant les offices religieux dont on ne peut jamais trop prévoir non plus la fin (pas question que la baby-sitter ait besoin de prendre un train juste après son tour chez nous), assurer la saison de football dont les entraînements sont pendant la saison d'automne également le samedi matin (fort heureusement pas au printemps !). Je comprends pourquoi on nous appelle des "soccer-moms".
Tout ça n'est bien entendu pas rémunéré, je suppose que ceux qui organisent des grandes fêtes pour leur progéniture versent une dotation à la synagogue lorsque le choeur est réclamé pour le service qui les honore, mais nous, nous sommes tous des volontaires.
Du volontariat, il y en a à la pelle, ici. Volontariat pour tout et tout le temps. Mais celui-ci, chanter c'est ma joie et mon plaisir. L'avantage aussi d'être volontaire et de ne pas être des professionnels, c'est qu'on peut aussi se permettre de ne pas être complètement parfaits et que nous recevions des éloges quand même pour le plaisir qu'on a ajouté lors de la cérémonie.
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Posté: 13h16, 28/10/2006 dans Soliloques |
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Comme un canard sans tête
Parfois, lorsque je cours entre les cent mille différentes tâches quotidiennes non planifiées, la panique me submerge. Elle prend la forme d'une brusque bouffée de larmes, quand ce ne sont pas des cris qui s'étranglent dans ma gorge, si il n'y a personne après qui crier (la fonction détournée des enfants, que l'on respecte si peu, puisqu'on leur fait chaque jour jouer ce rôle de réceptacles de nos hurlements incontrôlés).
Je regarde alors autour de moi et je suis horrifiée. Rendue muette devant le désordre qui semble le tableau exact de la structure de ma psyché. Je prends une grande inspiration et suis assaillie par l'odeur nauséabonde des égoûts qui remontent dans la tuyauterie défectueuse de la salle de bains. Les spécialistes sont venus il y a plus de trois semaines, comment est-ce possible ? cela me semblait hier, ils m'avaient dit "si ça ne fonctionne toujours pas, rappelez-nous la semaine prochaine", c'était donc il y a trois semaines ? J'ai un simple coup de téléphone à leur passer apparemment, mais où est leur numéro ? Ne m'ont-ils pas dit de passer par l'association et de ne pas les appeler directement ? Si oui, où ai-je mis le numéro de Gus ? Je n'ai pas envie de laisser un message téléphonique et guetter un message en retour, qui me surprendrait s'il venait, mais faut-il que j'attende que la baignoire soit soudainement envahie de terre et du reflux des toilettes pour y penser ?
On s'habitue à tout. Je m'habitue au désordre, je m'habitue aux odeurs. Chaque objet a sa place, une place qui permet de savoir où il est, mais cette place n'est pas toujours fonctionnelle. Chaque fonction est unique, mais un objet a parfois plusieurs fonctions. Faire une analyse fonctionnelle pour avoir une ergonomie efficace, est-ce vraiment une priorité quand on est débordé ?
Je dois prévenir Joanne que je ne la verrais probablement pas aujourd'hui, je ne peux pas m'imaginer faire l'aller-retour avec tout ce qu'il y a à faire avant deux heures. Je m'attrape la tête à deux mains, et j'essaye de me calmer. Son numéro de téléphone est sur la carte de visite qui est dans le présentoir qui est à ma droite, bien en vue, sauf qu'elle n'y est plus. J'ai dû oublier de la replacer la dernière fois que j'ai prévenu que je sucrais ma bouffée d'exercice quotidien. Pour peu que c'ait été il y a plus d'une semaine, dans quelle pile le petit carton s'est-il glissé ? C'est une chance que je ne vide pas mes corbeilles de papier, si jamais il y était tombé ? Est-ce que ça n'irait pas plus vite que je recherche son numéro sur l'annuaire ? Est-ce que je ne l'aurais pas noté dans mon carnet d'adresse électronique ? Certainement pas, c'eut été trop beau, et surtout ne pas allumer l'ordinateur et lancer le gestionnaire, je vais lire les vingt-cinq messages du jour, personnels, qui peuvent attendre, et auquel je ne répondrai jamais parce que j'ai attendu.
J'ai trop envie de m'asseoir et d'oublier toute cette folie, mais il va être deux heures plus tard le temps que je soupire.
Un billet se construit à partir de l'exposition de l'action ou de la série d'événements qui constitueront une histoire, une intrigue ou un souvenir. Cette exposition devrait décrire et introduire les principaux éléments, l'environnement et les personnages en jeu. Il se déroule ensuite en décrivant la nature des problèmes que les personnages rencontrent, jusqu'au climax ou le point le plus élevé de la tension, du suspense, de l'insoutenable pour le lecteur ou le narrateur finalement.
Il faut ensuite trouver la chute, celle qui va amener à la résolution, celle qui narrera comment finalement tout s'est remis en place. Parfois la tête du canard est définitivement introuvable, et il finit par s'arrêter de courir pour s'écraser misérablement dans un dernier soubresaut pathétique.
La carte de visite était dans le présentoir, peut-être derrière un papier qui y avait été placé ou déplacé entretemps, qui s'est caché de honte devant mon désespoir.
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Posté: 13h51, 26/10/2006 dans Soliloques |
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Argent de poche
A la suite des billets de Franck, (celui-ci et celui-là) et comme Monsieur Zebu le dit si bien lui-même, (I /.../ need an allowance) la question de l'argent de poche est une question importante pour les parents et les enfants.
Les parents font en fonction. En fonction de quoi ? certains, de leur enfance à eux, pour faire pareil, ou justement pour ne pas faire pareil, parce qu'ils se souviennent qu'ils ont souffert de telle ou telle situation qu'ils ne veulent surtout pas reproduire, ou au contraire, parce qu'ils auront intégré les leçons et les valeurs qui se rattachent à l'argent au travers de leur propre analyse de leurs rapports à la question. Pas simple du tout.
Les parents se posent les questions de savoir si ça doit avoir un rapport avec leur propre situation matérielle, ou bien ce qu'ils comptent enseigner à leurs enfants, sur l'utilisation de l'argent, est-ce une question de liberté, de responsabilité ? Certains parents ne se posent pas la question, la liberté, c'est la leur, ils donnent de l'argent à leurs enfants pour qu'ils puissent en faire ce qu'ils veulent, et justement ne pas avoir à leur demander.
L'argent est un sujet extrêmement émotionnel, je trouve. J'ai le souvenir de ma toute première demande de budget, un souvenir si précis que je me revois discutant avec mon père, de ces trente-cinq francs mensuels que j'avais l'intention de lui réclamer en lieu et place de "l'argent de poche" qui était la règle à la maison, un argent de poche hebdomadaire si je me souviens bien, de quelques francs. Je tenais à présenter un budget en bonne et due forme, avec l'utilisation escomptée de ces trente-cinq francs, et qui comportaient des tickets de métro, billets de cinéma, collants et autres nécessités pour une adolescente parisienne. Le refus initial de mon père était venu du fait qu'il considérait que ces dépenses étaient les siennes et non pas les miennes, qu'il me le devait.
J'ai eu gain de cause à l'époque, mais qu'est-ce que cela m'a appris ? J'ai privé mon père de continuer à m'entretenir à un âge trop jeune pour lui, et finalement plus de trente ans plus tard, il continue de le faire, de subvenir quand je n'ai pas les moyens par exemple d'entretenir les voyages des enfants entre les Etats-Unis et la France, quand leur propre père refuse de payer pour ces voyages. Je me suis mise dans une situation de dépendance en croyant m'en affranchir et en voulant n'en faire qu'à ma tête.
Je crois que les messages que l'on passe à ses enfants sont très délicats, très subtils. Ce qu'un enfant entendra n'est pas du tout ce que le parent a voulu dire. Et le parent n'a pas vraiment les moyens de vérifier ce qui a été entendu, ni de corriger éventuellement les effets d'un malentendu qui ne sera peut-être jamais dévoilé après tout.
Quand Monsieur Zebu a commencé à me réclamer de l'argent de poche, il m'a clairement dit qu'il ne trouvait pas ça juste de ne pas en avoir, alors que Thomas avait ceci, André cela et Victoria encore tout ça. Parfois, j'étais agacée de ces comparaisons, parce que la mère de Thomas, à mes yeux à moi, donne de l'argent à son fils - et à sa fille sans doute - pour compenser le fait qu'elle ne passe pas un quart du temps que moi je passe avec mes enfants, mais ça c'est moi qui l'interprète, on n'en a jamais parlé ensemble bien sûr.
La mère d'André est aussi pauvre que moi, elle a trois boulots (de m....) comme moi, elle ne s'entend pas avec son mari et ils sont en instance de divorce, et ma première idée serait de me dire "mais où prend-elle ces dix dollars !" dont elle gratifie ses fils qui s'abrutissent à longueur de journée sur leur Playstation et ne savent pas lire ? Mais qui suis-je pour la juger, et juger de la situation sur les signes extérieurs ? André est un petit garçon adorable, qui aura peut-être une bourse à l'université pour jouer dans l'équipe de hockey, et j'espère qu'il offrira une belle retraite méritée à sa mère qui aura fait de son mieux.
Les parents de Victoria sont tous les deux accomplis dans leurs professions libérales respectives. Ils ont les moyens comme on dit lapidairement, et personne ne songerait à se demander pourquoi ou comment ils font pour donner de l'argent de poche à leurs enfants en quantité si raisonnable comparée à leurs revenus. Et pourtant. A quoi utilise-t-elle son argent, Victoria ? Elle est constamment encadrée, occupée, placée ! Est-ce qu'elle le met de côté dans un compte d'épargne pour plus tard ?
Quant à moi, je ne donne pas d'argent de poche à Monsieur Zebu. Il a un petit compte en banque, sur lequel j'ai mis les cadeaux de ses grands-parents pour ses anniversaires, et il a même des bons du trésor - mais je crois qu'il l'a oublié - qui lui avaient été offerts à sa naissance par une amie de la famille, qui ne savait certainement pas à l'époque qu'on vivrait un jour dans le pays de ces bons du trésor, et j'espère bien que ça lui fera un petit joli cadeau pour ses dix-huit ans, bien que je ne me sois même pas encore penchée sur la question.
J'ai expliqué tant bien que mal à Monsieur Zebu que s'il voulait de l'argent, il fallait qu'il le gagne. De temps en temps, il me propose de faire quelque chose, mais c'est assez rare, comme de ranger sa chambre, et on négocie le salaire, parfois avant, parfois après. Pourquoi après ? Parce que j'ai remarqué que quelques fois, même la promesse de gagner un ou deux dollars pour ranger le caphanaüm installé depuis des mois, n'est pas suffisante pour le motiver : s'il range sa chambre, il a ses propres motivations. Je le récompense ensuite, avec l'espoir que ça le motiverait, mais il a bien compris que garder sa chambre bien rangée, ne lui rapportera pas un salaire fixe. Il n'est pas idiot.
C'est donc bien une récompense, et non pas le fruit d'un travail. J'ai bien essayé l'an passé de lui proposer une rémunération par petites tâches, tant pour le lit, tant pour le rangement, tant pour les devoirs faits sans récrimination, et l'attrait des picaillons n'a duré qu'un tout petit temps, pas suffisant pour me ruiner fort heureusement.
Il n'a pas spécialement envie de m'aider à la maison, et ce n'est pas l'argent de poche qui est un moteur suffisant, d'autres choses sont en jeu. L'argent est une denrée tellement problématique pour moi et je vois bien que je ne peux pas avoir une "politique" d'argent de poche avec mon fils qui ne reproduise pas cette insécurité-là. Maintenant, comment lui intégrera cette donnée dans son rapport à l'argent ? Seul l'avenir me le dira. Peut-être fera-t-il comme quelqu'un pour qui je travaille et qui gagne et dépense énormément d'argent (comme il me l'a dit lui-même "parce que c'était toujours une angoisse quand il était petit") ? Peut-être pas. J'aimerais que mon fils n'ait pas "de problème d'argent" plus tard, c'est sûr. Mais il est conscient déjà, quand il me demande :
"Maman : est-ce que tu as mis de l'argent de côté pour que j'aille à l'université ?". Et moi, je me mets la tête dans le sable, parce que non, il n'y a pas d'argent de côté, à moins que son père l'ait fait sans me prévenir. Et en attendant, j'accepte qu'il se plaigne que je ne lui donne pas d'argent de poche, sans culpabiliser. On ne fait pas toujours ce qu'on veut dans la vie, et on n'en est pas encore mort.
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Posté: 12h00, 25/10/2006 dans Soliloques |
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La feuille apprivoisée
Il y a un arbre devant ma fenêtre. Chaque jour j'ai regardé attentivement comment les feuilles devenaient rousses, pour essayer de voir si elles étaient synchrones ou si c'était imperceptible. Je n'ai pas été assez concentrée, il reste encore des feuilles vertes, parfois une seule sur une grande branche, parfois une branche entière, parfois au début de la branche, parfois tout au bout. Je sais que celle qui est tout au bout sera la dernière à résister aux intempéries, l'an dernier une de ses soeurs avait même réussi à passer tout l'hiver accrochée à son fragile pistil, tout au bout de cette branche toute nue, ballottée par le vent, la neige et le grésil, mais vaillante quand même.
Moi aussi je vais m'attacher à cette feuille, commencer à nouer une relation particulière avec elle, l'apprivoiser. Je vais l'encourager à tenir bon, et me désespérer avec elle des jours de frimas ou de pluie battante comme aujourd'hui. Je risque de devenir encore plus triste si, sortie de son anonymat pour moi, il lui arrivait quelque chose prématurément.
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Posté: 12h58, 20/10/2006 dans Soliloques |
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En mémoire
La fonction recherche sur Internet permet vraiment d'apprendre de tout. Pas toujours du plus joyeux. Il y a quatre ans, alors que je recherchais l'adresse de quelqu'un avec qui j'avais eu l'occasion de travailler entre 1986 et 1990, je tombai sur son nom dans un article d'un grand quotidien, et bien sûr, me mis à lire de quoi il était question pour apprendre que sa fille avait été assassinée dans un atelier montmartrois en 1995. Un fait divers des plus divers.
Je suis restée horrifiée pendant assez longtemps. Je revoyais cette jeune fille, comme moi je l'avais connue, c'est à dire une toute timide adolescente encore très enfantine. Je me demandais si c'était correct d'envoyer des condoléances si longtemps après, et pour une nouvelle apprise de la sorte. Je décidai que c'était correct, et j'ai écrit une lettre. Qui est restée sans aucune réponse, même si je n'en attendais pas, j'ai espéré que je n'avais pas commis quelque chose d'indélicat, mais je ne regrettai pas de l'avoir fait.
Et puis aujourd'hui, je repense à eux, à l'occasion à nouveau d'un décès appris à retardement et par le biais d'une recherche qui n'avait rien à voir. Le décès d'un jeune homme encore, que je ne connaissais pas cette fois-ci. Dont je découvre à la fois l'existence, au travers d'une photo et de son nom, et dont j'apprends du clic suivant qu'il a succombé à une crise cardiaque à l'âge où on penserait plutôt à se marier.
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Posté: 12h32, 19/10/2006 dans Soliloques |
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Modernité
La Poste m'a téléphoné. De France. Et pas à quatre heures du matin. Etonnant, non ?
Surprise fort agréable, de constater que ce qui était dans le temps une administration poussiéreuse, ignorant l'utilisation du fax (ils utilisent même l'email maintenant, si, si !), utilise des moyens modernes et efficaces pour satisfaire le client. C'est vrai que dans le temps on était des usagers, pas des clients, et maintenant que la Poste est une banque comme une autre, eh bien, il faut le reconnaître - et je le fais - elle remplit son rôle de banquier de façon correcte. Merci La Poste !
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Posté: 12h45, 17/10/2006 dans Soliloques |
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De l'importance du mot
Ce billet est né d'une petite mention lue chez La Jeune Bergère.
J'en fais une note particulière, et non pas un commentaire de son récit, qui est très enthousiasmant, parce que je sors du sujet qu'elle aborde et associe sur un autre, que l'évocation de son expérience réussie provoque en moi.
On se moque très souvent du langage dit "politiquement correct", importation apparente des Etats-Unis, et je suis parfois la première à sourire de certaines de ses exigences, parfois je m'en agace même, avant de m'y arrêter pour essayer de voir un autre point de vue. Et pourtant, de temps à autre, pas toujours je le reconnais, mais de temps à autre, je trouve qu'il est essentiel de s'arrêter aux mots que l'on emploie pour en mesurer la portée.
En l'occurence, ce qui m'a fait réagir, c'est l'appelation de "à problèmes", pour définir la CLISS (l'acronyme lui-même ne contenant nullement le mot "problèmes", puisqu'il se décline en pompeux CL asse d' Intégration Scolaire Spécialisée) ce qui bien apparemment veut dire beaucoup moins clairement qu'un lapidaire "classe d'enfants à problèmes en tous genres" comme on serait tous tentés de le faire (je suppose que c'est ce qui a tenté La Jeune Bergère, bien que tout son billet démontre le contraire).
Or c'est ce qu'on retient, qu'il s'agit de la classe des problèmes, et par conséquent, dans l'imaginaire qui se frappe aux impressions, les parents (ou enseignants) entendent "problèmes" lorsqu'ils entendent CLISS. Ils n'entendent pas le mot clé "intégration", et ne savent jamais ce que veut donc dire "spécialisée", qui a priori n'a pas grand sens.
Les équivalents de ces classes existent aux U.S.A. et ne comportent pas non plus le mot "problème", au profit de "éducation spéciale" ou "spécialisée" selon comment on va traduire (special education). Ce qui est intéressant, c'est la dénomination désormais adoptée pour les bénéficiaires de cette éducation particulière : on parlera de leurs "besoins spécifiques".
En mettant l'accent sur les besoins des bénéficiaires, et non pas sur l'aspect "problème", on envisage nécessairement une attitude différente qui s'attachera surtout à l'aménagement et l'individualisation, et on génère alors des réflexes d'acceptation plutôt que des peurs et des rejets.
Je râle souvent - je suis connue sur la toile pour mes sorties à propos de "la prise en charge" des personnes autistes, terme que je déteste cordialement, pour lui préférer celui qui n'arrive décidément pas à passer dans les moeurs de "services éducatifs" - à propos des abus de langage "pour faire court et rapide", parce que c'est tellement plus long ensuite d'avoir à lutter contre les préjugés et les réflexes de méfiance, rejets qui - même déjà avec un mot choisi - sont ancrés dès lors qu'on aborde la mixité dans les lieux de vie et d'apprentissage : et je ne parle pas seulement de mixité des genres masculin/féminin, mais toutes sortes de mixités : sociales, ethniques, et en termes de capacités d'apprentissages ou capacités sensorielles.
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Posté: 12h41, 3/10/2006 dans Soliloques |
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Jours sans
Les jours sans sont souvent des jours sans sommeil dans la nuit qui a précédé. Pour cause de réveil intempestif par Monsieur Ziti, qui tout à coup et sans raison apparente, tel un nourrisson va terminer sa nuit, soit à une heure, soit à deux, soit à trois. Difficile alors d'assurer une journée chargée quand on est dans le coltar, tous les parents de très jeunes enfants en savent quelque chose. Sauf que Monsieur Ziti va sur ses onze ans, et moi je dévale les presque dernières années de la quarantaine, j'ai plus l'énergie des fêtardes de ma vingtaine, quand une nuit blanche me flanquait la pêche, du moins jusqu'à quatre cinq heures de l'après midi.
Les jours sans on remarque souvent tout ce qui ne va pas. Mais pas question de pouvoir y remédier, le ressort est cassé. Les jours sans on aimerait avoir un corps de rechange, une auto de rechange, un compte en banque de rechange, un mari de rechange et des enfants à la poubelle.
Les jours sans on a le cerveau qui fonctionne au ralenti. C'est là que ça devient utile d'avoir un petit paquet de billets tous prêts pour pouvoir assurer la production quotidienne d'un blogue qui se respecte.
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Posté: 12h09, 27/9/2006 dans Soliloques |
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Retour à la routine
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Réflexion sur le sittage de derrière devant l'ordinateur au quotidien
Toutes les personnes (bien) organisées le savent : rien de tel que la routine pour que les choses qui doivent être faites chaque jour, puissent l'être avec le minimum d'effort et de stress.
J'ai mes routines, mais elles s'inscrivent dans un tel contexte de fatigue généralisée et surtout de désordre structurel, qu'elles assurent le strict minimum vital, et ne remplissent leur rôle efficace que quelques moments dans la journée.
J'aime bien savoir quel temps il va faire dans la journée, pour habiller les enfants en conséquence bien sûr, mais aussi, parce que ça fait partie de la routine.
Alors le matin, lorsque j'ai ouvert un oeil, posé un pied sur le sol, réussi à le faire rejoindre par l'autre, en abandonnant difficilement la couette et le nounours tous chauds, l'un de mes premiers coups d'oeil non torve est pour le thermomètre qui se trouve dans l'encoignure de la fenêtre de la cuisine, habilement placé - pas par moi, je ne suis pas si bien organisé et habile que ça - juste dans le prolongement de mon champ de vision mais aussi de mon parcours vers la bouilloire à café.
Dans mes précédents domicile, j'avais un thermomètre bilingue - c'est à dire qui me donnait à gauche les degrés en Fahrenheit, et à droite la correspondance en centigrades - mais je ne sais pas où je l'ai rangé dans le déménagement, et comme il y avait déjà celui-ci d'installé, je n'avais pas jugé bon de le poser dans les premiers temps de mon arrivée, et j'ai donc oublié où il est.
J'ingurgite par conséquent l'information brute en Fahrenheit, ce qui n'est pas une opération facile, même après neuf ans de pratique, surtout en état d'hypoglycémie avancée.
Ma deuxième mission est alors d'ouvrir la porte du frigidaire, il n'y a pas très loin à franchir, pour y prendre le jus de fruit - en ce moment c'est du pamplemousse - et me servir le verre salutaire qui permettra à mon sang de se réoxygéner correctement et à mon cerveau de sécreter tout ce qui est nécessaire pour que le semi-coma se dissipe.
Idéalement dans ma routine, il y a ensuite la préparation du porridge de mon Ziti, la mise en grille-pain de gauffres surgelées, et la disposition sur la table des céréales, des assiettes, du lait et des fruits qui constituent nos petits déjeuners respectifs. Et pendant que l'eau commence à bouillir, je mets mon ordinateur en route, pour vérifier la température sur MonYahoo! en centigrades.
Ca me permet de voir combien il fait chez les proches qui me lisent et d'imaginer les cieux divers et variés. Et tant qu'à faire, puisque l'ordinateur est allumé, je vérifie les emails qui sont tombés dans ma boîte pendant que je dormais.
Le piège, c'est de s'asseoir alors.
Le siège devant l'ordinateur est un fauteuil à bascule horizontale...
Or un fauteuil à bascule, c'est hyper confortable, et pas du tout adapté pour les tâches "en passant vite fait"... Théoriquement, dans la routine matinale, le surf ne figure pas du tout, mais pas du tout. Or, s'asseoir sur ce fauteuil, pour y lire - rapidement - en attendant que le café infuse afin de ne pas perdre de temps, c'est mor-tel. Les emails ce n'est pas vraiment du surf, mais c'est vicieux quand même. Parce que les lire en se disant "bon, ça, ça demande une réponse, autant le faire tout de suite" ou bien "bon, ça, ça demande une réponse, mais je ne peux pas m'asseoir vite fait pour bâcler une réponse, donc je garde pour plus tard", c'est en fait du pareil au même. Parce que si je n'ai pas répondu immédiatement à un email qui méritait une réponse avant de le refermer, il y a de fortes chances que l'email soit descendu dans la hiérarchie de la fenêtre, que n'étant plus marqué "à lire", il ait pu être passé à la trappe, et un email auquel on n'a pas répondu dans les trois jours, c'est embêtant. (Quand ce n'est pas un email de kivousavé, il y a des chances que l'envoyeur n'ait pas encore renvoyé trois emails pour demander si le premier avait été bien reçu, mais c'est tout comme quand même).
Donc, autant le dire tout de suite, si je lis mes emails le matin avant d'avoir pris ma douche, c'est la catastrophe assurée.
Or la routine, c'est la douche, s'habiller, retaper le lit, préparer les vêtements des deux zigotos, et là, ça y est, la musique se fait entendre dans le loft, indiquant que le radio-réveil était sur l'heure prévue pour leur réveil, et c'est le début des rappels.
Pendant qu'ils descendent et s'habillent, il me reste à préparer leurs snacks et déjeuner - pour Monsieur Ziti, Monsieur Zebu préférant manger à la cafetéria où les menus sont désormais "healthy" (ça veut dire équilibrés) paraît-il - et à consigner dans le carnet de communication les menus événements de la soirée et nuit de Monsieur Ziti.
Depuis que je blogue, c'est à dire depuis le mois de mars de cette année, une nouvelle dimension est venue s'ajouter à mes pensées routinières matinales : y aura-t-il eu des commentaires au billet d'hier ? et s'il n'y en a pas eu - ce qui somme toute est plus fréquent que le contraire - qu'ont fait mes visiteurs ? et hop petit tour curieux sur les stats du blogue pour vérifier si des fois il y a eu une attaque de spams (trop de visites par rapport à la moyenne, et je suis assurée qu'il y a eu un largage de messages pour me réorienter vers des achats pharmaceutiques ou des promenades licencieuses sur sites classés).
La tentation est forte d'aller se plonger d'une adresse référente vers un lien qui est connu comme celui d'un blogue qu'on a soi-même visité. Tiens ? voici quelqu'un qui fait comme moi, qui vient lire qui c'est le zoiseau qui est venu lire ma prose, et qu'écrit-il à son tour chez lui ? Tout à coup, il est l'heure de partir, et la table du petit déjeuner est toujours couverte de ses reliefs, les pyjamas des enfants traînent en quatre parties à quatre endroits différents (si c'est dans la même pièce, je m'estime heureuse), les lits ne sont bien entendus pas faits (à quoi bon), et c'est fini, je suis épuisée à l'idée de tout ce que j'ai à faire dans la journée que je n'ai pas préparé par une liste ordonnée et rassurante.
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Posté: 12h09, 26/9/2006 dans Soliloques |
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Maturité
 © photo de l'auteure © C'était aussi l'automne. Bon d'accord, les arbres n'auront cette couleur que d'ici quelques semaines, les premières feuilles commencent à peine à sortir des verts et se teinter d'or et de brun, mais les températures ont leurs sautes d'humeur qui me donnent toutes les excuses valables pour ne pas trier les vêtements plus vite et ranger ceux qui ont été sortis des valises et entreposés à portée de main.
Les célébrations de Rosh-Ha-Shana à peine achevées, je suis empreinte de cette majesté là, cette flamboyance qui m'a portée et tant de choses à dire, mais trop de fatigue, saine de l'émotion, de la beauté, de l'émotion. Difficile de partager quand le crépitement est intense.
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Posté: 12h02, 24/9/2006 dans Soliloques |
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Principe de plaisir
Dans ses réponses au commentaire que j'ai laissé sur son article, Samantdi évoque un sujet que j'ai eu l'occasion de travailler en formation dans une ancienne vie, et que j'ai envie de revisiter aujourd'hui, à la lumière de mon expérience acquise, en tant que formatrice privilégiée, et pédagogue forcée par la nature. Il s'agit de la notion, idéaliste précise Samantdi elle-même, d'apprentissage par "plaisir d'apprendre".
Face à cet idéal, on mettrait en opposition, la compétition, l'échange - par "marchandage" interposé, le contrat éducatif. En fait, les choses ne sont pas aussi manichéennes, il n'y a pas exclusion dans les propositions : ce n'est pas parce qu'il y a un contrat de base, un contrat non commercial entendez-moi bien, un contrat affectif "donnant-donnant", "gagnant-gagnant", fondé sur les principes de la motivation et non plus sur l'illusion du désir de l'apprenant rencontrant forcément le désir de l'enseignant dans une relation hypothétique, parce que non préalablement définie, qu'il n'y aura pas la survenue de ce phénomène magique du "plaisir d'apprendre".
Bien sûr, lorsqu'on utilise certaines expressions, surtout à l'écrit, automatiquement surgissent des registres de pensée, des catégories qui sont évocatrices de courants de pensées théoriques (qui effectivement rentrent en opposition très souvent). Lorsqu'on prononce les mots de "contrat", s'élève un digne représentant juridique et un code civil, pénal, ou de procédure - Dalloz ou pas - qui brandit avec emphase drapée dans la toge, le spectre d'un système rigide, glacé, allez, n'ayons pas peur des mots, anglo-saxon puritain. Avec le mot "plaisir", arrive tout gesticulant et charmant, le bel italien sur sa gondole, qui glisse avec aisance sur les flots du savoir gratuit, dans la musique envoûtante et parfumée d'un soir à la température juste parfaite d'un mois de juin méditerranéen.
Pourtant, j'avais lu en son temps, un livre qui m'avait fascinée, et qu'il faudra que je retrouve dans mes cartons aux odeurs de champignon car je n'ai pas le souvenir de l'avoir ressorti de mes derniers déménagements, qui traitait justement du plaisir mais sous l'angle de la biologie pure. L'ouvrage, "Biologie des passions", de Jean-Didier Vincent, expliquait - à ce qui m'en est resté - que le plaisir naît tout comme toutes nos émotions, dans notre système nerveux, et qu'à son tour il l'influence, tout comme nos autres émotions, permettant notamment le développement harmonieux de nos fonctions cognitives.
Autrement dit, pour apprendre, il faut qu'il y ait l'intervention aussi du plaisir, comme une émotion vitale essentielle, mais ce n'est pas le plaisir à lui tout seul qui fera naître le désir d'apprendre, parce que tant d'autres émotions peuvent venir entraver ce désir, la faim, la peur, les sentiments personnels d'amour et de haine, n'en étant pas des moindres.
En voulant que ce qui motive certainement l'enseignant - sinon enseignerait-il ? - à savoir le plaisir que lui procure son savoir, et le souvenir du plaisir de son propre apprentissage soit a priori le moteur du plaisir d'autrui, c'est, me semble-t-il, adopter une position très rigide (l'autre passe nécessairement par le même mécanisme) et ne plus prendre en compte la complexité des passions qui nous animent. La biologie du cerveau est une usine tellement riche et infiniment délicate à la fois qu'il serait décidément très présomptueux de figer l'apprentissage dans un seul modèle.
Dans son article, Samantdi évoquait la proposition éducative qu'elle a faite à ses élèves de cinquième qui lui permette notamment de gérer une période délicate, où les comportements des élèves en question ne favorisaient justement pas un environnement propice à l'apprentissage, pas plus qu'à la transmission des savoirs. En modifiant leurs comportements, je ne crois pas qu'elle leur propose un "marché de dupes", bien au contraire, ni qu'elle favorise un système compétitif qui vienne au détriment des moins forts ou des plus lents, qui ne peuvent à mon sens que bénéficier d'un système qui valorise la position individuelle à partir de quelque chose sur laquelle chacun a du contrôle : le jeune n'est pas évalué sur quelque chose d'extérieur, arbitraire, calibré, mais il est récompensé pour son propre comportement, et personne n'est là vraiment pour lui dicter comment il doit procéder pour arriver au "bon" résultat. Il y a un objet tangible (le système de récompense) qui lui permet de fixer sa concentration sur un objectif à sa portée.
Le simple fait de participer au "jeu" est source de plaisir, parce que la tension interne est dirigée vers cet objectif isolé, et permet même momentanément d'oublier les sources d'inconfort - fatigue de la journée, événéments passionnels antérieurs, etc. - pour se consacrer à une recherche d'équilibre qui satisfait tout le monde. |
Posté: 14h56, 19/9/2006 dans Soliloques |
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Responsabilité
Le Talmud dans Kidouchin 40a-b dit: "Un homme devrait toujours se considérer comme doté de deux tendances égales, c'est à dire à moitié pécheur et à moitié juste. Heureux soit-il s'il fait une Mitsva, car il a donné l'avantage au juste. Pauvre de lui s'il fait un péché, car il a donné l'avantage au mal."
Rabbi Elazar, le fils de Simon, a dit : "Dans la mesure où le monde est jugé en fonction de la majorité de ses actions, et l'individu est jugé en fonction de la majorité de ses actions, heureux soit l'individu s'il fait une Mitsva, car il a fait pencher sa balance et celle du monde vers la vertu. Pauvre de lui s'il commet un crime, car il a fait pencher la balance vers le mal, pour lui-même comme pour le monde."
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Posté: 12h26, 15/9/2006 dans Soliloques |
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Que d'eau !
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Une goutte d'eau. Celle qui ferait déborder le vase. Dans lequel, pourtant, on est comme un poisson. Dans l'eau bien sûr. Et cependant, le tout finit à l'eau au bout d'un certain temps, et il faut remonter le courant. Un beau jour, elle finira par glisser comme l'eau sur les plumes du canard.
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Posté: 12h36, 13/9/2006 dans Soliloques |
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Amendes honorables
Comme j'ai honteusement publié un billet qui pourrait avoir été lu comme des critiques - injustes ou injustifiées - de mon pays natal, je dois à la vérité de revenir sur ce séjour en commençant tout de suite par dire que je l'adore, ce pays natal, qu'il est magnifique et réjouissant, et que dès le lendemain du malheureux billet en question, je supputais celui-ci, ou du moins son titre, tandis que je me délectais du paysage qui défilait par les vitres du TGV m'entraînant vers la Meuse.
De Paris-Est à Bar-le-Duc, pourtant, on ne peut pas dire que ce soit les plus pittoresques de notre diversité géographique, mais je ne sais pourquoi, la tendresse m'envahissait alors, à traverser d'abord ces banlieues du quatre-vingt treize que je ne connais que trop bien, - je les cite parce que le train n'y passe pas encore trop vite, et je peux alors voir ce qui y a été construit de nouveau depuis les années quatre-vingt dix qui m'ont vue les découvrir.
Puis dès la plate campagne atteinte, la traversée de ces villages qui forment le paysage visible aux yeux du voyageur, si typiquement les nôtres, et qu'au grand jamais on ne peut confondre avec la campagne que traverserait Amtrak* de son train de sénateur.
C'est bateau de le dire - surtout en parlant d'un voyage en train - mais c'est vrai, la France est douce. Elle a bon goût, elle est délicate au palais, et forte en saveurs et senteurs si variées qu'en un quart d'heure de marche, toute la palette y passe.
Ne vous méprenez pas. Je n'écris pas cela maintenant que je l'ai laissée de nouveau derrière moi, et que je pourrais sembler la regretter. On ne goûte bien que ce qui ne peut lasser peut-être, et il faut des temps de latence, comme il faut des silences pour entendre la musique. Ce petit voyage d'une journée vers des amis, une famille rencontrée dès 99 grâce à Internet par la cause de l'autisme, avec qui j'ai passé une journée des plus délicieuses, m'a dicté ces amendes honorables que je vous présente seulement maintenant, faute de temps de rédaction plus tôt.
* Amtrak = une des compagnies ferroviaires des Etats-Unis.
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Posté: 10h06, 5/9/2006 dans Soliloques |
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Reprise et chapeaux
Les enfants sont de nouveau casés, quel répit ! Il s'agit de trouver les quelques heures nécessaires pour tout remettre en route, mission quasi impossible. Et que dire de mon retard de lecture ? plus de quinze jours sans surfer sur la blogosphère, que de perles j'ai manqué !
Comment font-ils ? je suis verte d'imaginer de ceux que je feuillette le plus quotidiennement possible jongler avec une telle aisance avec leur emploi du temps (dont j'ignore bien entendu tout, mais que je fantasme bien sûr) et être capable d'écrire d'aussi passionnantes aventures, que je suis obligée moi-même de seulement survoler, parfois n'y entendant rien, parce qu'il me manque soit les détails, soit la concentration pour deviner dans les blancs de la littérature voulue.
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Posté: 13h26, 2/9/2006 dans Soliloques |
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La question qui tue
Comme le faisait remarquer Estelle, on échappe très difficilement au type de question "Alors ? ça vous plaît comment là-bas ? - ou ici, c'est selon", dès lors qu'on se fait remarquer comme une américano-française ici ou là-bas...
Cette fois-ci ne fait donc pas exception à la règle, l'embarrassante question m'a d'ores et déjà été posée au moins trois fois - je vous rassure par trois personnes différentes cependant, n'ayant pas eu l'heur de m'entendre marmonner une réponse précédente. En effet, que convient-il de dire ? Si je me place du point de vue actuel, qui veut que je sois une française américanisée de retour dans son pays natal, dans la ville qu'elle a habitée près de quarante années après tout, mais qu'elle n'habiterait plus pour rien au monde aujourd'hui, que dois-je dire ? Si je dis ce qui précède, bien sûr, viendra l'automatique : "Pourquoi ?", et si je réponds, je réponds quoi ? que je ne supporte pas la fumée des cigarettes ? que la rue commerçante que je longeais deux fois par jour durant un kilomètre, est devenue une rue effarante de laideur à cause de la disparition de tous ses commerces (qu'on n'appelait pas de proximité à l'époque, mais qui étaient somme toute les commerces "populaires", le crémier, le boucher, l'épicier, le chausseur, le marchand de jouets, le cinéma) qui ont été remplacés par des "boutiques" de vêtements d'une laideur - à mes yeux - plus grande les uns que les autres, à des prix exorbitants, au point que je me demande bien qui est censé habiter dans ce quartier, et où les petites vieilles vont-elles donc s'acheter un peu de beurre pour mettre dans les épinards.
C'est vrai que les seules petites vieilles doivent être dans des maisons maintenant, puisque si on n'est plus valide, on ne peut pas exister dans une ville comme Paris, je n'y vois pas grand monde d'handicapé, à se demander s'ils sont tous en vacances, ils en ont bien de la chance, les Français, ils ont plus de vacances - bon je plaisante bien sûr, je sais que la vie est très dure ici, mais vous voyez ! dès que je m'efforce de répondre à la question anodine "alors ? ça vous manque ici ?" ou inversement, le chauvinisme naturel revient au galop et je vexe tout le monde.
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Posté: 10h54, 20/8/2006 dans Soliloques |
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