Color-blind
Monsieur Zebu a le sens de l'observation très développé. Il me fait toujours remarquer mille et un détails, avec souvent une question à laquelle je n'ai, comme il se doit, aucune réponse. L'autre jour, alors que nous passions chercher je ne sais plus quoi à l'école à une heure tardive et indûe, il remarque deux des bus scolaires, et bien sûr me demande comment il se fait que les bus 4 et 6 sont là, alors qu'ils devraient être ailleurs. Ben, qu'est-ce que j'en sais, moi, après tout ? Je le lui dis, et j'ajoute, peut-être que les conducteurs de bus avaient quelque chose à faire ici ? Et lui, de continuer à se demander qui est le conducteur du bus 6, puisqu'il sait que la conductrice du bus 4 est Linda, et de réfléchir tout haut. Je lui demande quelle route fait le bus 6, il me dit "Smith Ridge Road", et d'ajouter "ah ! je sais qui est la conductrice, c'est Marianne, celle qui a les cheveux noirs !" (Linda étant celle qui a les cheveux blonds). Et moi de m'émerveiller de mon bonhomme qui à huit ans bien révolus, continue d'être totalement indifférent à la couleur de peau, et est capable de choisir comme signe discriminatoire descriptif d'une personne la couleur de sa chevelure. Car Marianne est afro-américaine, et je suis étonnée mais aussi très soulagée qu'il ait fait ce choix de repère pour la décrire. Nous sommes tous les trois blancs ; nous habitons dans un environnement très peu mêlé, sans aucun doute parce qu'il s'agit d'un coin de campagne économiquement inaccessible aux minorités américaines, et même si nous-mêmes appartenons cependant à une minorité, celle-ci n'est pas particulièrement visible car par ici, cette minorité n'est pas spécifiquement religieuse et vit de façon quasi assimilée, ne se regroupant que par fonction sociale essentiellement . Et pourtant mon Zebu a eu la chance depuis qu'il est né d'avoir autant d'amis de toutes les couleurs, de toutes les tailles, de toutes les formes, de toutes les habiletés, de toutes les configurations familiales, y compris parents de même sexe, sans que jamais la moindre question surgisse, me laissant à croire - et j'aimerais vraiment que ce soit vrai - que sa tolérance n'en est pas une, mais véritablement une seconde nature de trouver justement tout cela tellement naturel, qu'il n'y a aucune question à poser. Son meilleur ami, Thomas, et sa petite soeur Violette ne sont pas de la même couleur. Elise, la maman a eu tardivement Thomas, qui est né prématurément et a failli lui coûter la vie : elle et son mari ont donc préféré adopter leur deuxième bébé, dont les parents biologiques sont l'un haïtien, l'autre afro-américaine. Une autre des meilleures amies de Monsieur Zebu est née d'un papa chinois, et d'une maman américaine. Nos voisins, qui sont une famille nombreuse, n'ont pas un seul enfant de la même famille biologique, et seul leur petit dernier vit avec son père et sa mère biologique. Et deux des enfants viennent de Haïti, mais pas de la même famille biologique. Les enfants qu'il m'arrive de garder à la maison sont l'un, atteint d'autisme, les autres issus d'une famille où la maman est japonaise et le papa américain blanc. J'aurais pu m'attendre un jour à devoir répondre à des questions de la part de l'observateur fûté, mais jamais aucune n'est encore venue, et je trouve ça très bien, non pas que je serais embarassée le moins du monde à y répondre, mais parce que leur absence me semble témoigner de cette naturelle indifférence au caractère "ethnique" d'une personne qu'il fréquente sans aucun préjugé (il ne viendrait certainement pas de moi), et, oui, ça me fait plaisir. On parle beaucoup des différences comme d'une valeur essentielle, chez nous, et visiblement ça porte ses fruits. J'avais acheté il y plusieurs années, quand les enfants étaient petits, un ouvrage qui m'avait beaucoup marquée : "Hate Hurts - How Children Learn and Unlearn Prejudice" - The Anti-Defamation League - A guide for Adults and Children. Je ne saurais que trop en recommander la lecture édifiante. J'espère qu'il est traduit en d'autres langues (mais je n'ai pas trouvé). Les auteurs indiquent que l'observation des différences est sans aucun doute constitutive de l'enfant, mais que c'est l'attitude face à ces différences qui s'acquiert et se module selon l'enseignement qu'il reçoit de son entourage proche, et des messages qui lui sont passés. En d'autres termes, notre rôle de parent dans l'apprentissage de la haine est plus qu'essentiel, et il nous revient une lourde responsabilité pour la combattre.
|
Posté: 15h56, 30/4/2006 dans Soliloques |
|
Envoyer l'article à un ami
Commentaires
Je ne savais pas...
... que tu avais un blog !!!
Je le découvre grâce à ton muguet de Jérusalem....
Bisous,
Marianne qui corrige ses copies avec un ciel gris en toile de fond |
Posté par Marianne à 10h07, 1/5/2006 |
| |
|
yann-andrea
Sophie a 3 ans. Sa maman, une bourgeoise tres comme il faut et tres elegante est proprietaire d'un chateau-hotel 4 etoiles. Un jour elle recoit un haut dignitaire d'un pays d'Afrique. Craignant que Sophie, qui n'a jamais vu de personnes a peau sombre, ne commette une bevue, elle decide de prendre les devants : "Tu sais Sophie, aujourd'hui nous recevons un monsieur tres important. Ce monsieur vient d'un pays qui s'appelle l'Afrique et il a la peau noire. Tu vas etre bien gentille, et bien polie aussi. D'accord ?" Sophie qui est une petite fille tres bien elevee dit "oui maman". Un peu plus tard, le dignitaire est a l'aperitif, dans le grand salon. Son hotesse vient le saluer, accompagnee de sa fille. Sophie s'avance, tres sure d'elle dans sa jolie robe, et s'incline en une mignone reverence, comme on lui a appris. Puis elle regarde le monsieur, et se tournant vers sa maman ; "Ah oui maman, c'est vrai, il est tout noir le monsieur !"
A mediter... le choix de la mere, pas celui de Sophie bien sur ! |
Posté par Anonymous à 16h34, 3/5/2006 |
| |
|
|