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Un jour à la fois
Nouvelles d'une famille pas complètement comme les autres. Etre différents n'empêche pas d'avoir un regard sur tout.


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La violence on ne la voit jamais venir

Ou bien on la voit, mais on se dit toujours que ce n'est pas ça, que ce ne peut pas être ça. Cela s'appellera ensuite de mots plus ou moins compliqués, plus ou moins évidents, bon sang mais c'est bien sûr, de mots qui feront de nouveau plus jolis que les émotions sales et incompréhensibles qui auront brouillé la vue et les décisions à prendre, et qui auront rendu inaudibles les moindres tentatives de parler, de dire le vécu.

Quand pourtant le discours peut se faire jour, il lui arrive le sort commun du commentaire, du jugement, pas nécessairement négatif ou culpabilisant, mais parfois condescendant, souvent minimisant s'il se veut dédramatisant, c'est une sorte de jeu inégal, parler sans émotion et tout de suite c'est du théâtre, parler dans le feu de l'action et c'est de la bouillie pour les chats.

Je ne l'ai pas vue venir la violence bien sûr. Pourquoi serais-je différente de quiconque à ce point ? Je ne fais que tenter sans y parvenir de reprendre le récit pour partager quand je continue déjà moi-même à être incapable de m'en parler et d'y voir clair. Le violent, il ne se présente pas à vous avec une grande bannière en travers du visage, avec un visage carnassier de méchant et un message qui clignote "je suis un enfoiré de sa race et je vais te faire très mal". Le violent, le méchant, il a un beau visage, comme tout le monde - ou presque ? - et c'est ce visage qui vous plaît, comme il plaira à tous ceux à qui vous essayerez peut-être un jour de dire qu'il vous fait du mal et qui vous répondront peut-être "mais non ! tu te fais des idées !" ou bien qui vous berceront de bonnes paroles pour ne pas entendre l'inaudible.

Parfois, c'est l'inverse, c'est quelqu'un qui s'écrie, qui se révolte pour vous, qui s'étonne que vous supportiez une attitude, qui s'exclame qu'à votre place jamais il n'autoriserait une telle chose, mais vous regardez incrédule cet autre qui n'est pas vous, peut-être avec une pointe d'envie pour ce qu'il est, et ce qu'il dit, et ce qu'il vous fait entrevoir de force de caractère, ou au contraire, c'est plus probable, vous balayez mentalement cette pensée, et attribuez à cet autre un caractère de cochon vous parant en contraste de vertus de patience et de compréhension que lui n'aurait bien entendu pas, puisqu'il n'est visiblement pas capable de supporter des petits travers. C'est vous qui avez opéré la dédramatisation minimisante, le déni et découragé le moindre sursaut de prise de conscience avant qu'il ne soit trop tard.

La violence est une opération de longue haleine, de sape, de grignotage. Il n'y a pas un petit peu de violence et plus rien. Si une termite s'installe dans du bois non traité, elle ne restera pas toute seule, mais vous ne saurez pas que vous hébergez une colonie avant qu'il n'y ait de dégâts apparents ou audibles. Et quand vous les constatez, ce n'est pas en espérant qu'elles déménageront d'elles-mêmes ou mourront de leur belle mort que le problème sera réglé. Mais il ne s'agit pas de termites ! il s'agit de quelqu'un avec un beau visage, et avec qui vous avez entretenu déjà tant de relations, et surtout qui vous a pris dans une toile complexe qui fait partie de la violence elle-même, et à laquelle vous avez consenti, participé, ajouté et contribué.

Lorsque Noémie m'avait regardée avec horreur parce que je racontais avec humour à la table de la cafétéria que jamais il ne toucherait l'eau de vaisselle, vous comprenez, ses doigts, ses doigts sacrés, ne peuvent pas toucher l'eau, cela lui est insupportable, et je comprends ça très bien, cela ramollit la peau, ou bien les sensations tactiles, l'hypersensibilité, ça ne se discute pas, ça s'accepte, et si je peux moi, de mon amour béat, compenser les petits handicaps dans la vie, je savais bien, je savais pertinemment que Noémie avait raison, que son exclamation était normale, et que c'était moi qui ne l'étais pas.

Mais franchement, vous quitteriez un homme parce qu'il refuse de faire la vaisselle, vous ? Rien que de l'écrire, je me revoie face à Noémie, face à Farida qui aussi qui avait mis son homme au pilori pendant des semaines, et je ne comprenais pas pourquoi elle était si dure avec lui, ce qu'il lui avait fait, je la trouvais bien ferme et rigide, et je me taisais préférant donner une image paisible de femme amoureuse et comblée. Si je prenais mes signaux à l'extérieur, je les repeignais immédiatement des couleurs des contes de fées de mon enfance, et si je les prenais à l'intérieur, je les entendais immédiatement distordus par les messages bruyants qui me rappelaient que je ne savais certainement pas interpréter ce que je ressentais, que ce n'était tout simplement pas possible, parce que "mais non ! allons voyons, je sais pour toi, tu ne sais rien, tu ne vaux rien, tu as tout faux".

Le violent se nourrit de ces messages-là comme la termite se nourrit du bois non traité. Les bois ont la même apparence au départ, rien ne les distingue, mais le traitement ou son absence, en l'occurence ici, l'estime de soi, en voilà un joli mot qui fait tout une différence, va dessiner le destin de l'édifice. Le violent grignote et prospère, s'il s'attaque à du bois traité, il ne peut plus rien, il meurt, il n'existe pas. Mais ce n'est pas une termite, vous ne pouvez décemment pas le traiter comme un insecte nuisible, cela n'entre pas dans vos valeurs, vous êtes un âtre accueillant, pas un produit chimique corrosif !

Jusqu'à ce que vous ne soyez plus qu'un champ de ruines regardé par les passants avec commisération et frissons rétrospectifs d'horreur et de compassion pour ce qui vous est arrivé. 


Posté: 15h25, 18/11/2006 dans Boites de Pandore
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Commentaires


Commentaire sans titre

La violence verbale peut faire énormément de mal, je crois que lorsqu'on est victime de violence, on met très longtemps à en prendre conscience, directement impliqué l'oeil n'est pas neutre, il faut un acte violent encore plus fort pour comprendre...

Posté par heure-bleue à 08h28, 19/11/2006

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Commentaire sans titre

Tout à fait ça Heure-Bleue.

Je vois que tu n'as pas encore été me rejoindre sur ma nouvelle adresse. J'ai bien fait de re-poster ici les billets. Attention, bientôt, je ne ferai plus ce back-up de test pour ramasser mes visiteurs ! :-)

Posté par Otir à 09h55, 19/11/2006

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