Parfois j'écris des trucs qui me dépassent complètement. Je veux dire, j'ai envie d'écrire quelque chose, parler d'un truc, je me mets à écrire en croyant que j'en parle, et quand je relis ce que j'ai écrit, c'est parti sur un chemin que je ne comprends pas. Comme si les mots ne venaient pas de ma pensée, ne venaient pas de moi. Parfois, le résultat ne fait absolument aucun sens pour moi. Pour d'autres, il peut sembler compréhensible, mais pour moi, je ne comprends pas de quoi je parle. C'est assez effrayant comme sensation.
Ca m'arrive aussi quand je parle avec quelqu'un. J'ai envie d'être intéressante, et je ne comprends plus rien à ce que je suis en train de dire, j'ai l'impression de m'enfoncer dans une sorte de verbiage sans fond, et je quête désespérément un signe d'entendement de la part de mon interlocuteur. J'interprète alors tous les signaux comme des formes de politesse, et l'absence éventuelle de rebond de la conversation comme le signe que je me suis totalement égarée, et ai entraîné mon vis-à-vis dans le dédale. Je me dis alors que le mieux est de mettre un terme rapide à l'échange, et je m'éclipse, avec une sensation de chute voire de fuite éhontée.
J'avais remarqué cette difficulté il y a très longtemps déjà. Ca a commencé toute petite, à l'école élémentaire. Je n'ai jamais compris qu'on puisse m'écouter ou me lire, et en même temps j'ai toujours tout fait pour que cela soit possible, pour l'encourager, pour monter sur une estrade, pour être sur le devant de la scène, pour m'engager, pour militer, pour me porter volontaire, pour publier.