Indigestion
Il y a derrière la vitrine de ce salon de thé qui donne sur la rue froide de décembre cet enfant aux grands yeux, les mains écartées à hauteur du visage, à la petite langue pointue qui n'en peut plus du spectacle des friandises et son imagination qui travaille et le fait saliver, à l'idée de la volupté qui envahirait tout son être s'il pouvait s'offrir ce luxe et ce confort.
Et puis quelqu'un l'aperçoit, s'émeut, l'invite, le fait entrer, l'installe et lui offre de choisir ce qu'il voudrait. Son rêve est exhaucé, il est dans la chaleur, le bruit, la lumière, les odeurs enveloppantes, et il est abasourdi. Il ne sait pas quoi choisir, tout lui faisait tant envie, il n'ose pas, il est trop bouleversé par la nouveauté, l'inconnu, le sentiment de son incongruité, d'être déplacé, différent, inadapté. Il est submergé par le choix et les messages cajôleurs qui l'incitent à ne pas hésiter, toutes ces voix qui l'invitent à aller de l'avant, et qui ne comprennent ni son émotion ni sa gêne, ni ses difficultés.
Tout le plaisir anticipé est gâché, il voudrait être ailleurs, ne pas avoir peur comme ça, ne pas avoir honte, ne pas se sentir si séparé maintenant qu'il n'y a plus la vitrine qui le protégeait de l'exposition aux yeux de tous, quand il pouvait rêver et imaginer. Maintenant, il sait qu'il ne comprend rien, que ce n'est pas son expérience, qu'il va perdre l'occasion, et il est malade, il a trop mangé de sucreries.
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Posté: 11h39, 13/11/2006 dans Soliloques |
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