Argent de poche
A la suite des billets de Franck, (celui-ci et celui-là) et comme Monsieur Zebu le dit si bien lui-même, (I /.../ need an allowance) la question de l'argent de poche est une question importante pour les parents et les enfants.
Les parents font en fonction. En fonction de quoi ? certains, de leur enfance à eux, pour faire pareil, ou justement pour ne pas faire pareil, parce qu'ils se souviennent qu'ils ont souffert de telle ou telle situation qu'ils ne veulent surtout pas reproduire, ou au contraire, parce qu'ils auront intégré les leçons et les valeurs qui se rattachent à l'argent au travers de leur propre analyse de leurs rapports à la question. Pas simple du tout.
Les parents se posent les questions de savoir si ça doit avoir un rapport avec leur propre situation matérielle, ou bien ce qu'ils comptent enseigner à leurs enfants, sur l'utilisation de l'argent, est-ce une question de liberté, de responsabilité ? Certains parents ne se posent pas la question, la liberté, c'est la leur, ils donnent de l'argent à leurs enfants pour qu'ils puissent en faire ce qu'ils veulent, et justement ne pas avoir à leur demander.
L'argent est un sujet extrêmement émotionnel, je trouve. J'ai le souvenir de ma toute première demande de budget, un souvenir si précis que je me revois discutant avec mon père, de ces trente-cinq francs mensuels que j'avais l'intention de lui réclamer en lieu et place de "l'argent de poche" qui était la règle à la maison, un argent de poche hebdomadaire si je me souviens bien, de quelques francs. Je tenais à présenter un budget en bonne et due forme, avec l'utilisation escomptée de ces trente-cinq francs, et qui comportaient des tickets de métro, billets de cinéma, collants et autres nécessités pour une adolescente parisienne. Le refus initial de mon père était venu du fait qu'il considérait que ces dépenses étaient les siennes et non pas les miennes, qu'il me le devait.
J'ai eu gain de cause à l'époque, mais qu'est-ce que cela m'a appris ? J'ai privé mon père de continuer à m'entretenir à un âge trop jeune pour lui, et finalement plus de trente ans plus tard, il continue de le faire, de subvenir quand je n'ai pas les moyens par exemple d'entretenir les voyages des enfants entre les Etats-Unis et la France, quand leur propre père refuse de payer pour ces voyages. Je me suis mise dans une situation de dépendance en croyant m'en affranchir et en voulant n'en faire qu'à ma tête.
Je crois que les messages que l'on passe à ses enfants sont très délicats, très subtils. Ce qu'un enfant entendra n'est pas du tout ce que le parent a voulu dire. Et le parent n'a pas vraiment les moyens de vérifier ce qui a été entendu, ni de corriger éventuellement les effets d'un malentendu qui ne sera peut-être jamais dévoilé après tout.
Quand Monsieur Zebu a commencé à me réclamer de l'argent de poche, il m'a clairement dit qu'il ne trouvait pas ça juste de ne pas en avoir, alors que Thomas avait ceci, André cela et Victoria encore tout ça. Parfois, j'étais agacée de ces comparaisons, parce que la mère de Thomas, à mes yeux à moi, donne de l'argent à son fils - et à sa fille sans doute - pour compenser le fait qu'elle ne passe pas un quart du temps que moi je passe avec mes enfants, mais ça c'est moi qui l'interprète, on n'en a jamais parlé ensemble bien sûr.
La mère d'André est aussi pauvre que moi, elle a trois boulots (de m....) comme moi, elle ne s'entend pas avec son mari et ils sont en instance de divorce, et ma première idée serait de me dire "mais où prend-elle ces dix dollars !" dont elle gratifie ses fils qui s'abrutissent à longueur de journée sur leur Playstation et ne savent pas lire ? Mais qui suis-je pour la juger, et juger de la situation sur les signes extérieurs ? André est un petit garçon adorable, qui aura peut-être une bourse à l'université pour jouer dans l'équipe de hockey, et j'espère qu'il offrira une belle retraite méritée à sa mère qui aura fait de son mieux.
Les parents de Victoria sont tous les deux accomplis dans leurs professions libérales respectives. Ils ont les moyens comme on dit lapidairement, et personne ne songerait à se demander pourquoi ou comment ils font pour donner de l'argent de poche à leurs enfants en quantité si raisonnable comparée à leurs revenus. Et pourtant. A quoi utilise-t-elle son argent, Victoria ? Elle est constamment encadrée, occupée, placée ! Est-ce qu'elle le met de côté dans un compte d'épargne pour plus tard ?
Quant à moi, je ne donne pas d'argent de poche à Monsieur Zebu. Il a un petit compte en banque, sur lequel j'ai mis les cadeaux de ses grands-parents pour ses anniversaires, et il a même des bons du trésor - mais je crois qu'il l'a oublié - qui lui avaient été offerts à sa naissance par une amie de la famille, qui ne savait certainement pas à l'époque qu'on vivrait un jour dans le pays de ces bons du trésor, et j'espère bien que ça lui fera un petit joli cadeau pour ses dix-huit ans, bien que je ne me sois même pas encore penchée sur la question.
J'ai expliqué tant bien que mal à Monsieur Zebu que s'il voulait de l'argent, il fallait qu'il le gagne. De temps en temps, il me propose de faire quelque chose, mais c'est assez rare, comme de ranger sa chambre, et on négocie le salaire, parfois avant, parfois après. Pourquoi après ? Parce que j'ai remarqué que quelques fois, même la promesse de gagner un ou deux dollars pour ranger le caphanaüm installé depuis des mois, n'est pas suffisante pour le motiver : s'il range sa chambre, il a ses propres motivations. Je le récompense ensuite, avec l'espoir que ça le motiverait, mais il a bien compris que garder sa chambre bien rangée, ne lui rapportera pas un salaire fixe. Il n'est pas idiot.
C'est donc bien une récompense, et non pas le fruit d'un travail. J'ai bien essayé l'an passé de lui proposer une rémunération par petites tâches, tant pour le lit, tant pour le rangement, tant pour les devoirs faits sans récrimination, et l'attrait des picaillons n'a duré qu'un tout petit temps, pas suffisant pour me ruiner fort heureusement.
Il n'a pas spécialement envie de m'aider à la maison, et ce n'est pas l'argent de poche qui est un moteur suffisant, d'autres choses sont en jeu. L'argent est une denrée tellement problématique pour moi et je vois bien que je ne peux pas avoir une "politique" d'argent de poche avec mon fils qui ne reproduise pas cette insécurité-là. Maintenant, comment lui intégrera cette donnée dans son rapport à l'argent ? Seul l'avenir me le dira. Peut-être fera-t-il comme quelqu'un pour qui je travaille et qui gagne et dépense énormément d'argent (comme il me l'a dit lui-même "parce que c'était toujours une angoisse quand il était petit") ? Peut-être pas. J'aimerais que mon fils n'ait pas "de problème d'argent" plus tard, c'est sûr. Mais il est conscient déjà, quand il me demande :
"Maman : est-ce que tu as mis de l'argent de côté pour que j'aille à l'université ?". Et moi, je me mets la tête dans le sable, parce que non, il n'y a pas d'argent de côté, à moins que son père l'ait fait sans me prévenir. Et en attendant, j'accepte qu'il se plaigne que je ne lui donne pas d'argent de poche, sans culpabiliser. On ne fait pas toujours ce qu'on veut dans la vie, et on n'en est pas encore mort.
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Posté: 12h00, 25/10/2006 dans Soliloques |
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Commentaires
L'argent de poche
Finalement nous n'avons pas des préoccupations si éloignées que ça malgré l'océan qui nous sépare ! Les enfants restent des enfants et les parents ont des soucis de parents, avec des moyens différents il est vrai, mais des vrais soucis de parents. Comment trouver le juste milieu entre la liberté donnée et la responsabilité souhaitée ? Pas facile n'est-ce pas ?
Bref, faire en sorte que les enfants restent des enfants autant qu'il est possible, je crois que c'est bien. |
Posté par Franck à 18h40, 25/10/2006 |
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Commentaire sans titre
| Je ne donne pas d'argent de poche pour l'instant, à leur âge, j'estime qu'ils n'en ont pas besoin. Ils ont de l'argent à leur anniversaire, ou fête par ma grand mère et ils le gèrent comme ils veulent. Je trouve que c'est suffisant. |
Posté par mayga à 02h55, 26/10/2006 |
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l'argent...
| Nous n'en donnons pas non plus...mais Zébulon n'en réclame pas vraiment ! Il a de l'argent ponctuellement (monnaie offerte quand il va chercher le pain, cadeaux des grands-parents et autre "petite souris") qu'il garde et dépense jusqu'à présent "intelligemment"... sauf que, samedi dernier il nous a reproché de l'avoir "forcé à acheter un jeu de DS (Nitendo) qui est nul" d'où réaction du père qui lui a interdit d'acheter, même avec son argent (!) un maillot de foot parce que "porter un maillot de foot c'est débile"... Bon n'entamons pas ce débat-là, mais je voudrais juste dire comme les histoires d'argent c'est compliqué... Histoires de pouvoir, d'autorité, de dépendance, d'aliénaion, de reconnaissance, d'amour... j'arrête parce que la liste semble inépuisable !!! |
Posté par Lita à 09h06, 26/10/2006 |
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Commentaire sans titre
| S'il y a une chose qui m'a marqué dans ton billet c'est qu'effectivement nous faisons par rapport à l'expérience que nous avons eu avec ce "fameux" argent de poche dans notre enfance. Mon expérience est un peu à l'inverse de la tienne, si bien que justement je donne de l'argent de poche aux zozos. Une partie fixe et une partie "récompense" qui leur permettent de s'acheter des babioles que d'habitude nous refusons de leur acheter (mais ils demandent toujours notre accord => pour l'instant !). |
Posté par Vroumette à 12h33, 26/10/2006 |
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Commentaire sans titre
> Lita : "porter un maillot de foot c'est débile" : morte de rires !
Histoires de pouvoir, tout à fait d'accord, je racontais d'ailleurs dans le commentaire laissé chez Franck, comment l'une de mes co-lycéenne en sixième abusait de l'aubaine remise somptueusement toutes les semaines par sa grand-mère, pour régner sur toute la classe, ou quasiment, et assurer son emprise alors qu'elle n'y parvenait pas sans son pouvoir d'achat.
> Vroumette : oui, je crois vraiment que c'est un sujet qui nous touche dans notre propre rapport à l'argent.
Ensuite, il faut voir que les choses vont changer avec l'âge des enfants. Je pense cependant qu'il est important de parler des questions d'argent avec ses enfants, et probablement dès assez jeunes. Et ça aussi, c'est certainement en référence à ma propre histoire - j'ai encore le "message" engrammé de "pas devant les enfants", concernant autant l'argent que des questions peut-être plus intimes relationnelles ! |
Posté par Otir à 15h07, 26/10/2006 |
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