Vu (à) la télé
Monsieur Zebu rentre de l'école, et puis quelques instants plus tard tout à trac m'annonce qu'il veut regarder "Eyewitness News at 5" (le JT d'ABC Network, l'équivalent du 20 heures de TF1 sauf que nous c'est à 17 heures, quoi, on dîne tôt en Amérique, eh oui). Heu, oui ? ah bon ? pourquoi ? parce qu'il y avait un gars qui a filmé à l'école, m'explique-t-il, et qu'il veut voir le reportage.
Allons bon, qu'à cela ne tienne, je ne suis pas une fanatique de regarder les journaux télévisés américains, qui ne sont pas des modèles du genre (mais quel JT est-il exempt d'histoires à ne pas mettre entre toutes les oreilles) mais il a l'air de vraiment y tenir, je lui dis de faire ses devoirs d'abord, et de se débrouiller ensuite pour être de retour d'avec son pote en haut de la colline à l'heure, que je n'aie pas à aller le chercher s'il ne veut pas rater le reportage (on ne sait pas à quelle heure il sera projeté, je ne sais même pas de quoi il s'agit). Il est tellement motivé, qu'il prend la peine de s'équiper d'une montre, et effectivement, il est ponctuel, 5 heures moins dix, comme prévu.
On s'installe devant la télé et passe sur la 7 à 5 heures, et bien sûr - je n'étais pas au courant - les gros titres sont sur la tuerie qui a eu lieu la veille à Wolf Rock School en Pennsylvanie, une petite école privée Amish, où un tueur a massacré au moins cinq fillettes, tandis que cinq autres luttent encore pour leur vie à l'hôpital.
Je vérifie avec Monsieur Zebu qu'on peut en parler, qu'il comprend qu'il ne s'agit pas d'un accident, mais d'un meurtre, quelle est la différence entre ce qu'est un accident et un acte de sauvage, et je me demande tout à coup si le reportage n'aurait pas un rapport, et auquel cas, si c'est une consigne de l'école (au début j'avais pensé ça, mais voyant les gros titres, je me dis que c'est absurde, si les responsables à l'école choisissent justement aujourd'hui pour que les enfants apprennent une telle nouvelle, ce n'est pas malin).
En fait, Monsieur Zebu me dit que pas du tout, c'est lui tout seul qui a eu envie de voir le Journal, parce qu'il a aperçu le reporter, a repéré que c'était Eyewitness News (ça repère vraiment tout à cet âge-là, on m'aurait demandé à moi, j'aurais jamais su), et que pour lui, c'était évident que "ça" (on ne sait toujours pas quoi) allait passer le jour même où la télé était venue filmer.
Et voilà qu'on annonce le reportage, et qu'on voit effectivement son école ! (j'ai cherché les vidéos sur leur site, pas trouvé celle-là, sorry). Et que c'est en rapport ! En effet, depuis Columbine notamment, et encore plus sérieusement après Beslan, notre district scolaire a mis en place une "task force" de recherche sur les conditions de sécurité dans les écoles, et tous les ans nous démarrons l'année scolaire avec moult exercices de sécurité, sécurité incendie, sécurité lock-out (personne ne rentre), lock-down (personne ne sort), shelter-in (tout le monde s'enferme au gymnase calfeutré), j'en passe et des meilleures.
Eyewitness News est donc venu interviewer les responsables en place, y compris le proviseur de l'école, qu'on voit expliquer comment ça se passe dans l'école, après qu'on nous a montré le système de sas d'entrée : quand les enfants sont en cours, on n'entre pas sans avoir pressé à l'interphone et été identifié par la caméra interposée, je n'avais jamais imaginé que c'était pilote dans le Tri-State area, mais apparemment oui.
Et Monsieur Zebu de s'écrier "mon bus, c'est mon bus !", celui d'où effectivement il avait remarqué le journaliste face aux caméras. Il faut toujours croire ce que vous racontent vos enfants.
(Le drame a eu lieu dans une petite école dans laquelle le tueur savait pertinemment que jamais un tel système pouvait exister, et que jamais personne dans cette école où apparemment il a visé exprès des fillettes, il n'y aurait d'armes, ou de force agressive d'interposition. Cela me rend encore plus malade d'y penser. Mes prières vont vers cette communauté pacifique entre toutes les communautés, qui vit une tragédie innommable et pleure dans la dignité).
Et de me dire que le discours que nous avons entendu avant-hier à la synagogue, discours très politique et pas du tout favorable au gouvernement actuel, c'est le moins qu'on puisse dire, était vraiment d'actualité, quand notamment il a abordé la question des armes.
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Posté: 12h24, 4/10/2006 dans Tronches de vie |
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Commentaires
pensée pour les parents
Dire au revoir à sa petite fille le matin, et apprendre qu'un forcené l'a abattue dans son école...
Se dire pourquoi, pourquoi elle, pourquoi nous, chercher du sens, là où peut être, il n'y en a pas: pourquoi elle? pourquoi...pas elle.
Croiser la route d'un forcené, ça n'arrive pas qu'aux autres. C'est ça qui est effrayant: se dire qu'on a beau avertir nos enfants, faire tout ce qu'il faut pour assurer leur sécurité, on ne peut pas tout prévoir. on ne peut pas prévoir le pétage de plomb d'un type dérangé. Par contre, s'il y a de choses qui ne dépendent pas de nous, il y a des choses qui dépendent de nous: le port d'armes par exemple. On n'empêchera jamais un type de péter les plombs, mais on peut faire en sorte qu'il soit très difficile, voire interdit, de posséder des armes, des mitraillettes, des armes de guerre! à la maison. Aux USA, c'est un combat politique.
corine
Corine |
Posté par Anonymous à 12h19, 4/10/2006 |
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Commentaire sans titre
| la détresse des parents, la folie d'un homme.Comment peut-on tuer de sang froid? Les mots me manquent ils sont coincés dans ma raison et ma gorge. Tu n'es pas trop inquiète ? |
Posté par bérangère à 12h27, 4/10/2006 |
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L'horreur absolue
Corine : oui, pour moi, c'est l'horreur absolue, l'impossibilité totale de me projeter dans la souffrance de ces mères, et pourtant une identification complète.
Et c'est une colère noire qui m'anime quand je pense au débat sur les armes, débat complètement vampirisé par toute une branche de la population, qui, ce n'est pas un hasard pour moi, véhicule tout ce que je trouve de plus nauséabond dans notre société, mais qui n'est pas seulement un débat pour lequel il faudrait hausser les épaules en attendant qu'ils passent à autre chose ; parce que c'est autre chose de terrifiant qui se prépare avec l'idéologie véhiculée par les défenseurs du "gun power".
Bérangère : inquiète non, retournée oui. Complètement retournée et malade au creux de l'estomac. |
Posté par Otir à 13h21, 4/10/2006 |
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Commentaire sans titre
Lorsqu'on nous passe ce genre d'information en boucle en France, je me demande toujours, si on ne va pas donner des idées à certains cerveaux malades.
Au risque de passer pour une réac, je suis contre les films extrêment violents !!! |
Posté par heure-bleue à 09h36, 5/10/2006 |
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Commentaire sans titre
Je suis comme heure bleue, contre les films hypers violents, je pense que sur des cerveaux déjà malades ça ne peut que donner des idées.
Ca me fait mal pour ces enfants, pour leurs parents, c'est terrible, il n'y a même pas de mot. |
Posté par mayga à 10h00, 5/10/2006 |
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Violence en boucle
> Heure-Bleue : c'est tout à fait vrai, et le carnage de Pennsylvanie est intervenu la semaine suivante de deux autres séries de meurtres dans des écoles. Ca n'est pas un total hasard.
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Posté par Otir à 13h27, 5/10/2006 |
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