Palette multi-ethnique
Il était temps, il semblerait. Bien sûr je ne vois pas les journaux télévisés français très souvent, mais justement, cela m'a frappé l'absence de diversité ethnique des présentateurs télé, la dernière fois que j'avais séjourné en France. Et puis, là, récemment, une voisine, très gentiment, est venue déposer chez moi une cargaison de revues et magazines français qu'une de ses collègues lui aurait donné à mon attention.
Je n'avais rien demandé, remarquez, elle a dû mentionner à sa collègue qui est mariée à un français qui voyage souvent, que sa nouvelle voisine est française, je suis la Frenchie du bloc, ça lui donnait peut-être une conversation intéressante à son boulot où elle a l'air de s'ennuyer ferme.
Bref, elle m'a offert tout un tas de revues bien périmées, la première c'était sur Noël, en pleine canicule, lire l'édito sur le réveillon très bon chic, bon Paris, c'était effectivement exotique. J'ai feuilleté un premier magazine en m'endormant, et puis au second, j'ai été frappée par quelquechose, quelque chose qui me semblait bizarre, et que sur le coup je n'ai pas réussi à m'expliquer.
J'ai attrappé la pile de revues, et je les ai soigneusement toutes feuilletées, une à une, pour vérifier cette impression bizarre, et être sûre que je n'allais pas dire de bêtises.
Eh bien oui, c'était ça : l'absence totale de modèles aux physiques aussi divers que dans les journaux américains, sur les chaînes de télé américaines, dans les magazines américains, sur les affiches et posters, partout quoi. Pas de visage asiatique, pas de couleur africaine, pas de type indien, pas d'expression arabe.
J'ai pris alors mon courage et ma patience légendaires à deux mains, et repris les trois premiers journaux, pour les feuilleter un à un, et compter ; Le Point, numéro de février 2006, la première pub montre une jeune femme, de trois quart dos, et l'ovale du visage ainsi que la chevelure, ainsi que sa taille pourraient évoquer une jeune femme d'Asie du Sud-Est, mais manque de pot, on ne voit pas son visage.
Ensuite une pub pour un produit au nom japonais met en scène une jeune fille visiblement japonaise et dont le visage est au quart maquillé du blanc traditionnel du Nô. J'ai continué à feuilleter et la pub suivante présente trois joueurs de l'équipe de France de Basket, portant costumes très chics. Ils sont tous trois typés black-beur-blanc dans l'ordre. Je suis page 35, et à part ces pubs et un entrefilet montrant Zouk Machine, peu de couleurs sur les visages. La palme étant à la photo de la promo 78-80 de l'Ena, où malgré ma presbytie qui pourrait servir d'excuse, je n'ai pas repéré un seul visage qui ne soit pas blanc pour ne pas dire cachet d'aspirine (les pauvres, on ne peut pas leur en vouloir, il y en a un ou deux qui sont visiblement bronzés, mais par le ski à Courchevel ou les UV pour se préparer à l'été).
Page 38, tiens un black. Je cherche son nom, il est anonyme, et c'est un entrefilet à propos... des banlieues.
Ah ! pages 45 et 46, des types très visiblement d'Inde. Manque de pot, c'est dans la rubrique "Monde", ils portent un costume bengali et une coiffe religieuse musulmane, et la légende précise même qu'ils sont en train de lire le Coran et appartiennent à un parti islamiste. Le titre de l'article n'est pas rassurant, pourtant l'image est très sereine, ils sont très beaux, de nouveau malaise du décalage entre l'image paisible de ces lecteurs et les gros titres qui accompagnent leur portrait. Derrière, ce n'est guère mieux, ce sont des femmes au pouvoir au Bengladesh, toutes deux dans un médaillon qui leur tire un portrait carrément patibulaire, et sous le titre non équivoque de "Alliance Dangereuse".
Un article sur les modèles de Gaultier (toutes des anorexiques blanches, difficile d'avoir moins de couleur, de forme et d'expression, on va dire que je n'aime pas Jean-Paul Gaultier, je m'en fous, mais il y a de très beaux modèles noires ou plus charnues qui mettraient tout autant en valeur sa collection je suis sûre, alors, je le redis ce qui me frappe, c'est l'absence de diversité, quand il y a une telle recherche iconoclaste par ailleurs dans sa vision du luxe).
Je feuillette, je vais aller plus vite, je n'aime pas les billets qui font trois cents pages, arrivée page 75 je n'ai pas rencontré la moindre nouvelle image de type non caucasien...
Je continue, j'en arrive aux pages culture, toujours que des blancs, des blanches. Les "tendances", des blancs. Ah, page 102, une noire qui présente une ligne de sac, j'ai failli ne pas la voir, au dessus d'elle deux mecs dont l'un en short, ça a failli me faire zapper, faut pas m'en vouloir. Blancs - et moches - les mecs, au passage.
Une pub (que j'ai lue tellement j'ai trouvé ça frappant au passage) pour un maquillage "peau nue", genre, t'es pas maquillée-look. Morte de rire : sur la photo tu vois une telle couche de maquillage que tu te demandes ce que le photographe sait faire. Ah, la fille est ... blanche. C'est sûr qu'elle a besoin de maquillage pour avoir l'air pas maquillée.
Chic, la photo d'un parlementaire noir page 180, je cherche le titre de l'article, zut, c'est un article sur le business américain, le mec est américain of course. Bon ben voilà, j'ai fini, le Point, et c'est TOUT pareil dans le Paris-Match de juin 06, où à part Ben Harper et les photos des supporters du Mondial je me suis heurtée à la même blancheur desespérante, et je me suis lassée de l'exercice avant d'entamer l'effeuillage du Figaro Magazine. Les autres revues étant des revues de décoration, je n'ai même pas eu envie d'approfondir, je doute fort qu'il y ait le moindre encart publicitaire coloré...
Je me suis rappelée les United Colors of Benetton et les nombreuses campagnes provocatrices que j'avais connues avant mon émigration.
Puis je me suis souvenue des quelques conversations avec certaines amies américaines qui me posaient des questions à propos des émeutes survenues dans les banlieues françaises, telles qu'elles étaient relatées par les media ici, incompréhensibles. Comment j'essayais de leur expliquer qu'en France il est illégal de répertorier les gens selon leur provenance ethnique, et leur étonnement à ce propos.
Et la réflexion que je m'étais faite à ce sujet, me disant que finalement dans le respect de la diversité qui est patente ici, entrait certainement en ligne de compte le fait que de compter les gens selon leur provenance, eh bien, cela permet aussi tout simplement de les faire compter dans le paysage. Et qu'en France, peut-être bien qu'à force de gommer cette notion, de ne pas vouloir "voir" avec cette sorte de tartufferie qu'il y a des blacks, des beurs, des jaunes, des rouges et des blancs, des gens en sari, des gens en noir, des gens en bigarré, on les gomme tout simplement, comme une image fausse de la société.
Et le malaise de ces revues blanches de chez blanches, et de comprendre qu'on puisse s'exclamer comme le fait cet Antillais à Bondy lorsqu'il voit Harry Roselmack sur TF1 "Quand je le vois, je vois ma tronche, ça fait plaisir". Comprendre que puisse naître un sentiment d'ostracisme et d'exclusion lorsqu'on n'est vu nulle part comme faisant partie intégrante du paysage. Il y a encore bien du chemin pour que la France soit un lieu d'intégration. Et c'est sans parler des personnes différentes parce que handicapées, mais c'est exactement la même chose.
Gommons ces différences que nous ne saurions voir !
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Posté: 14h33, 20/7/2006 dans West Side Stories |
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Commentaires
Commentaire sans titre
Très intéressant regard ! Comme dans les "Lettres Persanes", se décentrer du lieu où l'on est permet de voir les choses autrement.
C'est vrai qu'on a encore du chemin à faire...
Le soir de la demi-finale de la Coupe du Monde, je suis allée faire un tour en ville, je voyais dans les rues des couples formés d'un jeune homme noir et d'une jeune fille blanche. Sûrement qu'il y en avait aussi les autres jours et que je n'y faisais pas attention, mais là, c'était comme une reconnaissance, après avoir vu l'équipe de France qui comprenait pas mal de joueurs noirs, j'avais l'impression de voir davantage la belle diversité du monde.
L'été dernier, en Blegique, j'ai été frappée aussi du nombre de personnes handicapées que l'on voyait dans les rues, sur la plage, en famille, avec d'autres, et je me suis rendu compte qu'en France c'est plutôt rare... |
Posté par samantdi à 13h16, 20/7/2006 |
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Il faut regarder à côté : les séries françaises, les nouveaux acteurs, les nouveaux comiques sont assez mixtes,
Un truc aussi en France c'est que lenombre de provenance possibles est assez grande : noir, arabe, juif, corse, marseillais.. |
Posté par Jid à 13h59, 20/7/2006 |
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Ce qui m'a choqué c'est tout ce tapage à propos de son arrivée sur le JT ! pour moi ça me semblait normal ! apparement pas pour tout le monde ! c'est l'évènement de la semaine !!
c'est dommage je trouve car ca devrait etre banal ! |
Posté par mayga à 14h26, 20/7/2006 |
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Et pourtant
| La france est blanche, noire, jaune, elle pratique des cultes divers et variés mais pas dans les magazines.... |
Posté par heure-bleue à 14h41, 20/7/2006 |
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Et pourtant...
Bonsoir,
J'ai vu pas plus tard que dimanche soir un feuilleton d'origine américaine (Cold Case pour ne pas le citer) qui nous replongeait dans ce qu'était la mixité aux U.S.A. à ce moment là dans les années soixante... et comment les "gens de couleur" (soyons politiquement correct jusqu'au bout) n'étaient pas les bienvenus dans les autobus ou les classes scolaires...
Dans les années soixante, petit français de France, je fréquentais l'école comme tout un chacun et mes camarades de jeu étaient n'étaient pas tous nés à Trifouillis-les-Panards... et certains étaient handicapés sans que cela ne m'ait (rectification, ne "nous" ait) posé de question existentielle.
Le modèle multi-culturel américain est-il si valable?
Amitiés, |
Posté par Transall à 17h39, 20/7/2006 |
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Commentaire sans titre
Bon sang !
PPDA revient de vacances !
Il est bronzé et a perdu ses cheveux ! |
Posté par http://le-gout-des-autres.blogspirit.com/ à 03h06, 21/7/2006 |
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De Vroumette (parce que je suis trop feignasse pour m'enregistrer)
Disons que ce qui me surpend toujours, c'est que "sur le papier", la France a véritablement des intentions louables et apparaît comme un pays idyllique : "liberté, égalité, fraternité", que rêver de plus ?
Malheureusement dans les faits, il est consternant et dommageable d'être obligé de voter des lois pour que cette maxime soit appliquée et afin que les minorités puissent trouver leur place dans la société française. |
Posté par Anonymous à 06h12, 21/7/2006 |
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Commentaire sans titre
| Quand je suis arrivée aux Etats-Unis, j'ai été surprise par tant de diversité ! Et je ne parle pas que de la couleur de peau, dans les magazines (je pense qu très intellectuel Glamour ;)) j'adore leur section de magazine qui dit comment s'habiller en fonction de son type de corps : très mince, plutôt forte, hanches fortes, petites ou grosse poitrine, petit ou gros derrière... Voilà ce dont les femmes ont besoin ! En France, je n'ai jamais rien vu de tel et, bien que blanche et a priorui représentée, je n'ai jamais vu quiconque me ressembler dans un magazine féminin français ! J'apprécie aussi la campagne de Dove "campaign for real beauty", ils mettent des femmes complètement différentes en avant, mine de rien, à force de les voir, on finit par accepter et digérer toutes ces différences. J'aime bien ! |
Posté par Estelle (hamburger + croissant) à 10h02, 21/7/2006 |
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Commentaires aux commentaires
>> Samantdi : oui, c'est rare, cela m'a frappée aussi. Je me suis souvent posé la question "où sont les personnes handicapées en France", et c'est une des premières choses qui m'a frappée lorsque je me suis mise à vivre ici, le nombre de personnes handicapées visibles, partout, dans tous les lieux de vie. Par exemple, dans les supermarchés, beaucoup d'emplois derrière les caisses sont tenus par des personnes handicapées mentales. Mais l'embauche ici, est aussi beaucoup plus souple qu'en France, par exemple les étudiants qui travaillent aux caisses régulièrement sont bien plus nombreux, et s'ils ont un handicap physique, ça ne leur empêche absolument pas de décrocher le poste, j'en connais personnellement de très nombreux.
>> Jid : les séries, je ne trouve pas que ça "compte", parce que dans l'inconscient ou l'imaginaire, l'identification ne se produit justement pas comme elle se produit face à un JT, ou une publicité dans un magazine, qui sont des représentations de qui tu es censé être (pour te vendre, soit l'info, soit le produit). La série télévisée a plus une fonction de divertissement, l'identification n'a pas besoin d'être, au contraire, le dépaysement est un facteur essentiel du plaisir face à la série télévisée : le personnage peut être extrêmement éloigné de qui tu es, tu auras d'autant plus de plaisir à t'en moquer, ou t'en réjouir, ou te faire rêver. On est dans une fonction totalement différente à mon humble avis.
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Posté par Otir à 16h38, 21/7/2006 |
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La bienvenue !
>> Le goût des Autres : bienvenue et merci de ta visite. Je m'en vais de ce pas faire ta connaissance. Désolée qu'on n'ait pas la possibilité sur les commentaires de la plateforme tiboo de faire des liens cliquables (je n'y suis pour rien, promis).
>> Vroumette : bienvenue à toi aussi ! très contente de te voir ici. C'est pas grave pour la flemme, nul besoin de s'enregistrer pour poster sur les blogs, la plateforme offre des forums (orientés petits bouts, comme son nom l'indique n'est-ce pas), mais ici, suffit que tu remplaces "Anonymous" par Vroumette - si tu reviens, ce que j'espère toujours - et ça marche (sauf que c'est pas cliquable, je me répète, mais je déplore :-))
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Posté par Otir à 16h44, 21/7/2006 |
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Commentaires aux commentaires seconde salve
>> Estelle : bien vu. Je me suis limitée pour la beauté de la chose (et du gars !) à la palette ethnique, mais entièrement d'accord avec toi, la visibilité de la différence ici est vraie pour tout, les couleurs, les formes, les accoutrements, les signes religieux, les signes d'appartenance, de reconnaissance, tout est relativement très bien représenté : c'est certainement la conséquence d'un marketing mieux compris, et surtout plus empreint de science comportementale que ce que l'on peut trouver en France où l'on ne peut pas dire qu'elle ait encore la plus belle part...
>> Mayga : si, c'est normal, pour moi, que cela soit "choquant", au sens frappant du terme ; c'est frappant parce que justement c'est nouveau. Le jour où personne ne remarquera sera le jour où cela sera entré dans les habitudes et les mentalités, le jour où la diversité sera la norme, et non plus la tendance.
>> Transall : j'hésite à commenter ton commentaire parce qu'il m'apparaît hors sujet du billet initial. |
Posté par Otir à 16h54, 21/7/2006 |
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