Mes errances à travers la blogosphère ont fait que je suis tombée sur un article qui m'a remué bien plus que je ne l'aurais cru. Toute la journée, je l'ai ressassé et mes larmes ont plusieurs fois coulées.
Il m'a ramené quelques années en arrière, dans un moment qui m'a été douloureux.
Tout le monde dira, bien petite misère par rapport aux grandes douleurs que la vie peut causer. Je le concède volontiers, mais chaque petite douleur, chaque petite peine, chaque petite joie, chaque petit bonheur nous construisent peu à peu il me semble.
Et ce qui pour certains peut etre considérer comme une petite douleur fut pour moi un profond chagrin.
Il y a 10 ans en janvier, j'ai accompagné ma chienne à la mort.
J'ai reçu en cadeau d'anniversaire, pour mes quatorze ans, une petite boule de poil avec un long museau, Bagherra, chiot colley.
Quand je l'ai vu, j'ai complètement craqué pour elle, j'avais toujours révé d'avoir un chien et mon rêve s'exauçait.
Pour l'ado que j'étais, cet animal était une confidente, une amie fidèle, une compagne de chaque instant.
Je l'emmenais partout, je grandissais et elle grandissait avec moi,
Puis j'ai quitté la maison familiale pour commencer ma vie d'adulte, mon chien est venu avec moi.
Et puis mon fils est né.
Nous avons fait les présentations d'usage, Bag était jalouse mais se tenait bien.
Je faisais très attention quand même à ne pas la laisser seule avec le bébé.
Quand Gaëtan a eu deux trois mois, il a développé un fort eczéma et il a eu une grosse bronhiolite pour laquelle il a été hospitalisé.
Les médecins pensaient qu'il faisait de l'asthme peut etre une allergie aux poils
J'ai demandé à ma maman de prendre Bag chez elle, je ne voulais pas la donner à un étranger, Bag avait presque 9 ans elle n'aurait pas survécu.
Maman a accepté, elle adorait Bag mais beaucoup moins les poils dans son appartement.
Elle a fait contre mauvaise fortune bon coeur et a recueuilli le toutou.
Puis, Bag a commencé à se paralyser de l'arrière train, avait des incontinences.
Je voyais que maman avait beaucoup peine à gérer, mais elle serrait les dents.
Ca m'ennuyait quand meme.
Le véto nous a dit que ça ne pouvait pas s'arranger et que ca allait empirer.
Et puis, de l'incontinence urinaire on est passé à des incidents plus gros et nauséabonds.
Un matin, maman m'appelle et me dit : "j'en ai marre, ta chienne fait partout dans l'appartement, elle sent mauvais car elle n'arrive pas à se soulever, il faut que tu fasses quelque chose !"
Faire quelque chose ! je savais déjà à ce moment là ce que j'allais faire.
J'ai appelé le véto, et maman et moi y sommes allées.
Dans la voiture, le silence.
Dans la salle d'attente, il y avait de gens avec leurs chiens.
Je caressais Bag, je la regardais et me disais : "pourtant ça a l'air d'aller".
Le véto nous a conduit dans son bureau, on lui a expliqué la situation.
Il l'a examiné.
Il m'a regardé et m'a dit "tu sais ce qu'il faut faire? Que décides-tu ?
Maman a baissé les yeux.
J'ai pris un bol d'air et j'ai dit "ok allons-y"
On a traversé le couloir, maman, le véto et moi tenant mon chien au bout de la laisse.
Il m'a expliqué : je lui fais une piqure, elle s'endort, une autre et c'est fini.
Il est arrivé avec sa seringue, et j'ai failli lui dire d'arrêter, juste failli.
Je l'ai prise dans mes bras, je lui parlais, je lui disais que je l'aimais, que ça allait aller, elle a fermer les yeux.
Maman l'a ensuite prise contre elle, je pleurai trop. Elle la caressait.
Il a fait la deuxième injection. Fini.
Il m'a demandé si je voulais rester la nuit près d'elle, j'ai refusé.
J'ai enlever son collier.
On est sortie de la salle, je me rappelle avoir embrassé le véto. Il l'avait connue toute petite.
Les gens dans la salle d'attente ont levé les yeux vers nous et les ont vite baissés.
Maman s'en est voulu, de n'avoir pas assumé plus? de n'avoir pas dit elle meme la phrase ?
Elle avait déjà tant fait.
C'était mon chien, c'était à moi de le faire. C'était ma décision.
Les années ont passé, j'ai repris un chien mais je n'arrive pas à l'aimer autant, je sais qu'un jour,je devrais peut être reprendre la décision alors je me protège.
Mais depuis 10 ans, il y a au fond de moi une culpabilité énorme, dont je ne peux me défaire.
J'ai passé des nuits à m'en vouloir.
Ce mois de janvier 1996 a été le prélude d'une année tellement difficile pour notre famille.
Je pleure encore en pensant à mon chien.
C'est bête ?
Je crois pas. |