Evidemment, hier tout le monde y a pensé, ou alors tout le monde a regardé les images.
Peut-on oublier ces images d'ailleurs ?
Tout le monde se souvient de ce jour là, de comment il a su, où il était, ce qu'il faisait.
Chacun garde en mémoire l'émotion qu'il a ressenti, l'incrédulité puis l'horreur, l'incompréhension, la colère.
Tout le monde en parlait, tout le monde se parlait du coup, pour mettre des mots sur des images tellements incroyables, pour être sur que c'était bien réel.
Tout le monde pense à ces gens, qui étaient là parce qu'il fallait bien aller travailler.
Tout le monde pense à ces pompiers qui étaient là parce qu'ils étaient pompiers.
Tout le monde pense à ces passagers qui voulaient juste rejoindre leur famille, se ballader, voyager.
Ce jour là j'ai pensé que le monde était devenu fou, qu'une guerre énorme allait éclater, avec des milliers de mots de part et d'autre. Des vies brisées par la betise et la haine.
On a voulu punir, se venger, on a massacré des enfants innocents aussi.
On a essayé de résoudre par la violence une chose tellement violente elle meme que c'était inutile.
Quelle est la cause, le dieu qui justifie de pareilles choses ?
Peut on obliger les gens à se rallier à une foi par la force et le sang ?
Pour moi il n'y avait là rien de religieux ou de spirituel, simplement une démonstration de pouvoir et d'argent.
Et la vie si précieuse, si miraculeuse en elle même piétinée, souillée, brisée.
On a mis tout le monde dans le même sac, accusant une religion à la base empreinte d'humanité de la pire des choses.
On a montré du doigt les pays lointains.
On a caché les propres failles d'un système tellement arrogant qu'il s'est fait battre sur son terrain.
Ce jour là, on a entendu des explosions, des cris, des pleurs.
On a vu des flammes, des papiers, de la tôle, de la fumée.
Et du silence, un silence de mort.
Ce jour là, j'ai cru que le monde devenait fou, puis je me suis rendue compte que ça faisait longtemps qu'il l'était.
Et j'ai repris ma vie.
Comme tout le monde.
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