Hier soir, à la télé passait un documentaire-reportage sur la greffe du visage !
Isabelle a été sauvagement mordu par un chien, qui lui a laissé un trou béant à la place du nez, des lèvres et d'une partie du menton !
Comment peut-on vivre avec une mutilation pareille ? Sachant surtout l'importance de l'apparence dans notre société, que le regard des autres sur les différences (physiques ou autres) peut être dévastateur.
Comme le disait le reportage et les avis des psy, il n'y avait aucun risque vital pour elle de vivre ainsi, mais un risque psychologique énorme de perdre justement l'envie de vivre dans cet état !
Pour la première fois a donc été réalisée une greffe du visage !
Avec toutes les questions éthiques que posent évidemment cette technique !
Dans l'imaginaire collectif, cette greffe c'est comme si on prenait le visage d'une personne décédée pour le "coller" sur celui du receveur !
Dans la pratique, c'est pas exactement ça.
Savoir que le squelette humain, que les os du crâne et de la face nous sont bien propres et que ce sont eux qui définissent nos traits.
Le reportage a montré une partie de l'opération, c'était tout simplement extraordinaire !
J'ai une grande admiration pour les chirurgiens, ils ont une technique, une finesse,une précision dans les gestes qui frôlent la perfection.
A un moment, quand l'opération est pratiquement terminée, on voit le tissu reprendre vie, la peau rougire, les lèvres se redessiner.
On voit aussi l'émotion de tous ces médecins, infirmiers, soignants qui réalisent la prouesse qu'ils viennent de réaliser et aussi que cette femme peut reprendre l'espoir d'avoir une vie meilleure.
Le résultat est spectaculaire, j'avais imaginé un peu comme dans les films d'horreur, un rabibochage du genre Frankeinstein. Pas du tout !
Je me suis fais la réflexion que le chirurgien (quel qui soit) doit se sentir souvent tout puissant face à ses oeuvres ! (il est bon pourtant que chacun se souvienne qu'il est un homme pour le bien et la compréhension des patients).
Evidemment, est soulevée dans ce genre de prouesse la question d'éthique !
Une greffe de rein, d'organe est invisible à l'oeil, le visage fait partie d'un mode de reconnaissance, on identifie une personne grâce à lui.
C'est difficile.
Difficile pour la famille du donneur, et d'une générosité incroyable que d'accepter ce don.
Difficile d'imaginer combien cela a du être pénible pour eux.
Difficile pour le receveur d'accepter ce don.
Je pense que son imaginaire aussi a dû bien travailler en attendant la greffe.
Elle disait d'ailleurs qu'elle attendait le décès de quelqu'un pour pouvoir revivre et que c'était horrible d'avoir des pensées comme celle-là !
Horrible mais profondément humain.
En voyant le résultat de cette prouesse technique, on mesure toute l'étendue, toute la portée du geste.
On mesure le formidable espoir que cela représente pour de nombreux accidentés qui vivent cloitrés, à l'abri du regard des autres.
On mesure les extraordinaires avancées de la médecine moderne, et toutes les dérives qui pourraient en découler.
On mesure enfin et surtout l'incroyable générosité de l'être humain, sa capacité à aimer au delà de tout.
On se dit que tout n'est pas perdu dans ce monde où règne si souvent la violence et la bêtise.
A ma manière, je rends ici hommage aux donneurs et à leur famille, qu'ils soient remerciés de leur geste généreux.
Et souhaiter à Isabelle, une vie merveilleuse auprès de ses enfants.
Je vous ai trouvé très courageuse, Madame.
|